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Ce qu'il y a de bien avec les frères Coen, c'est qu'on est sûr que quelle que soit la balade, quel que soit le genre - ici le bon vieux western -, on en aura toujours pour notre argent. Même si les fans de la première heure - ou de la seconde - s'attendent toujours à ce que les deux frères nous livrent un film pouvant basculer en une seconde dans le pur délire, et risquent forcément d'être un poil "déçu" par ce magnifique travail d'artisan (au sens noble), True Gritrecèle en soi de telles qualités qu'il serait bêta de faire la fine bouche : qu'il s'agisse de l'interprétation (du rustique et picoleur Jeff Bridges qui articule un mot sur vingt-huit à la vraie découverte Hailee Steinfeld, ado tête de lard et revancharde qui assume parfaitement son rôle, la direction est aux petits oignons), des décors, intérieurs, somptueux de réalisme, ou, extérieurs, magnifiés par des petits flocons de neige, tous dessinés à la main, flottant dans la nuit noire, des dialogues parfaitement peaufinés qui donnent l'occasion à Bridges ou à Steinfeld, entre autres, de faire preuve de bien belles réparties, des scènes d'action et de fusillade joliment distillées..., on voit mal ce qu'on pourrait bien reprocher à cette oeuvre impeccablement ficelée. Ayant enchaîné le film des Coen avec la vision de la version signée par Henry Hathaway(with Mr John Wayne), force est de reconnaître que les Coen ont su livrer un film qui est loin de n'être qu'un pâle remake, bien au contraire...

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La chtite Mattie Ross n'a que quatorze printemps, mais elle est bien décidée vaille que vaille à venger la mort de son père lâchement assassiné par un certain Tom Chaney. Dure en affaire (finit presque par faire craquer l'homme de loi en charge de "l'héritage" du pater), elle parvient à convaincre un Marshal (Bridges) qui ne jouit pas de la meilleure réputation - un alcoolo solitaire qui fait rarement dans le détail - de l'accompagner sur la piste du fuyard. Ils sont rejoints dans l'aventure par un "Texas Ranger" (Matt Damon, la moustache en pagaille) qui traque le Tom depuis plusieurs semaines pour une autre affaire criminelle. Si les deux hommes considèrent de haut, au départ, ce chtit bout de femme, celle-ci va leur montrer qu'au niveau du "cran", elle n'est point la dernière...

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Mattie Ross tient la dragée haute au vieux Bridges qui n'a par pour habitude de se laisser charmer, ni d'ailleurs de faire dans la dentelle. Si Bridges est loin d'être la meilleure gâchette du comté - surtout quand il a deux grammes de whisky dans le sang : picole grave, la bête -, sa réputation de dur à cuire est, elle, loin d'être galvaudée. L'entente de ce curieux duo avec Damon ne part certes pas sur les meilleures bases mais le trio va tenter jusqu'au bout de tenir son rang pour effectuer cette mission... De bonnes vieilles discussions au coin du feu, quelques vifs éclats de violences savamment dosés et une sombre chevauchée jusqu'au bout de la nuit (magnifique séquence, sur la fin, avec ce cheval noir allant au bout de ses forces) qui donnera à chacun l'occasion de briller : Bridges, remonté comme une pendule sur son cheval, attaquant frontalement quatre cavaliers, Damon, devant réaliser le tir de sa vie, et la chtite Mattie Ross devant montrer sa capacité à prendre ses responsabilités... Les Coen prennent tout leur temps pour dessiner chaque caractère et nous emmènent dans cette course poursuite en dosant magnifiquement les instants paisibles et les "coups d'éclat". Sobre et efficace quand il le faut, parfaitement interprétée, l'ultime oeuvre des Coen constitue une pierre solide dans leur filmographie où ils montrent une fois de plus leur capacité à parfaitement jongler avec les genres. True pleasure.   (Shang - 28/01/11)

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Franchement, pas mieux. Mon camarade conseille de ne pas faire la fine bouche, et je ne la ferai pas, tant il est vrai que ce film ne sert à rien d'autre qu'à vous procurer deux heures de plaisir pépère. Tout est solide, techniquement, narrativement, formellement, et on serait en effet bien en peine de trouver quoi que ce soit à redire à la chose. On se marre bien, de cet humour si étrange que les Coen Brothers ont toujours su développer à merveille : rien de directement drôle, si ce ne sont de minuscules mimiques des acteurs, des punch-lines modestes, une légère torsion de la réalité qui rend le moindre geste absurde et la moindre réplique hilarante. Cette façon, aussi, d'étirer une scène jusqu'à ce qu'elle exprime une sève inattendue (la séquence où les deux cow-boys tentent de prouver leur valeur en tirant sur des biscuits jetés en l'air, tellement longue qu'elle devient impayable), ou de plonger les personnages les plus virils dans le ridicule de l'enfance : Matt Damon, qui pour ma part m'a paru au sommet de sa forme avec son jeu rentré, sa diction au millimètre, son look légèrement efféminé, et Bridges sont restés deux ados rigolards et puérils, presque moins mûrs que la jeune gamine qui les engage.

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Dans le scénario et la mise en scène, on repense souvent à Moonfleet de Lang, dans cette façon de plonger une adolescente dans un monde d'adultes qui la dépasse, tout en développant un roman d'éducation presque "à l'envers" : si Mattie Ross va apprendre beaucoup de la vie, le film semble ramener le monde entier à sa hauteur, et en faire un terrain de jeu enfantin, où les monstres ne sont jamais très sérieux (la construction drôlatique des vilains Josh Brolin et Barry Pepper), et où les gentils sont de gros nounours rigolos. La violence du monde est vue à travers ses yeux d'enfants, et se rapproche plus d'un Jules Verne que d'un Edgar Poe. A ce titre, la splendide séquence finale, où Bridges porte sur ses épaules l'héroïne blessée, est subtilement onirique, et prend une aura étrange de passage d'un monde à l'autre (enfant/adulte, mais aussi vie/mort) tout en étant féerique. L'utilisation des ambiances (la neige "fordienne" très joliment photographiée) sert toujours également à donner une patine d'enfance à ce film jamais sérieux.

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Dommage que le film n'aille pas plus loin que ça, cela dit, et reste au niveau du divertissement du samedi soir. Pas de honte à vouloir simplement distraire, non, mais venant des Coen, dont on connaît aussi parfois l'intelligence (un film sur deux, disons, est ambitieux, l'autre est léger), on voudrait un peu plus.Tant pis : on rigole, et c'est déjà ça ; et il y a suffisamment de personnalité dans l'écriture et dans la mise en scène (tiens, il faut mentionner aussi la très belle réalisation de la fusillade, avec ce son de la détonation qui se détache de l'image du coup de feu à cause de la distance, et ce complexe jeu de relations entre les personnages par-delà les centaines de mètres qui les séparent, ça m'a rappelé une précieuse scène de The Hurt Locker) pour satisfaire le spectateur exigent. Sympathoche, oui oui oui.   (Gols - 08/03/11)