19500918_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100901_105821Franchement, vu le niveau fluctuant de la production allenienne récente, on aurait tort de faire la fine bouche devant ce film lumineux, frais, charmant et plutôt plus réussi que Whatever Works ou Vicky Cristina Barcelona par exemple. Non que You will meet a Tall Dark Stranger soit plus primordial que les oeuvrettes ci-dessus citées, hein, mais je ne sais pas : Woody y retrouve un charme, un plaisir des acteurs, un goût pour le film choral orchestré au millimètre, que l'on n'avait pas vus chez lui depuis longtemps. C'est là qu'on se rend compte que c'était entre autres les acteurs qui manquaient beaucoup dans les films de Woody depuis quelques temps ; avec la petite troupe de ce nouvel opus, il vient rappeler avec éclat quel directeur d'acteurs il sait être, et combien sa caméra sait venir chercher avec amour et admiration la petite grimace glamour, le petit tic comique, la petite expression impeccable qui va remporter la partie.

19500920_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100901_105826En tête de gondole, on trouve l'admirable Naomi Watts, qui ne cesse de me bluffer de plus en plus : physique, très sensible, d'une présence évidente, elle irradie son personnage, renouant avec une tradition de la "ménagère encore sexy en crise de la quarantaine" qui semblait perdue depuis Mia Farrow. Woody ne s'y trompe pas, qui, au milieu de ses traditionnels plans américains, lui octroie quelques gros plans sublimes dès qu'il s'agit d'exprimer la complexité de ses sentiments. Elle suspend littéralement le timing de la scène la plus casse-gueule du film (elle veut sonder Banderas sur la nature de ses sentiments), par ce simple gros plan durant lequel elle se mordille la lèvre, joue de son regard, transforme son visage avec une justesse extraordinaire. Watts, c'est l'école américaine mais avec une sensibilité européenne, dirais-je (tous droits réservés sur cette formule géniale). Rien que le fait de regarder cette actrice mérite le prix du billet, mais j'ajoute que les autres acteurs sont tous impeccables, du plus petit au plus grand rôle, de Hopkins en vieillard mélancolique à Brolin en loser, de Banderas en icône capiteuse à Pinto en alibi glamour, de Gemma Jones en mamy mystique en allant jusqu'à l'énorme Lucy Punch dans le rôle de l'éternelle call-girl blonde à cervelle d'oiseau qui semble être le personnage récurrent de l'oeuvre récente de Woody (elle va voir une pièce d'Ibsen et se plaint de ne pas avoir eu peur des fantômes, pour situer).

19500919_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100901_105821Même si le scénario est d'une légèreté totale, et ne se donne même plus la peine de raconter quoi que ce soit, remarquons que l'écriture, pourtant privée des punch-lines qu'on aime tant chez Allen est ciselée, très fine, dynamique, jonglant avec élan et passion d'un personnage à l'autre. Il est question de couples en fin d'histoire, de retours d'âge, des moyens qu'on trouve pour se consoler de la dureté de la vie, des petits battements de coeur et de la nostalgique tristesse de l'automne à Londres, rien que de l'habituel chez notre ami Woody. Mais sur cette énième variation, on retrouve quelque chose du Allen des années 90, celui de Deconstructing Harry (l'audace en moins) ou de Celebrity (l'ambition en moins). Quant à la mise en scène du sieur, elle est toujours la même : extérieurs joliment photographiés, caméra mobile et sinueuse, longs plans-séquence dans les intérieurs bourgeois qui passent de pièce en pièce, s'accrochent quelques instants à tel personnage puis le quittent pour en suivre un autre, champs/contre-champs privilégiant l'expression des comédiens. Mais là encore, on sent une vraie envie chez Woody, comme une redécouverte de son style, et on a droit à un plan-séquence extravagant techniquement, qui suit trois acteurs dans un très joli ballet, et qui dure au moins 5 minutes sans coupe. Non, vraiment, un des films oubliables les plus charmants de l'année. (Gols 14/10/10)

 


 

Je sais que la formule va finir par être éculée mais c'est exactement ce que j'ai ressenti à la découverte - tardive - de ce Woody ; le cinéaste prend trois générations aux carrefours de leur vie (le premier engagement, la crise de la quarantaine, le second (ou le 23ème) du troisième âge) et sert une petite chose diablement plaisante à voir. Naomi Watts et Hopkins sont vraiment parfaits et je suis pour ma part tombé raide dingue de la chtite Pinto au regard si noisette et au sourire si doux - "alibi glamour" disait l'ami Gols, c'est alors le meilleur alibi de tous les temps... (bien aimé quand l'écrivain, sur la fin, commence à nouveau à regarder sa femme : il la (re)découvre en train de se déshabiller depuis nouvel appartement -  il s'agit bien d'un voyeur incorrigible, excité par ce qui se trouve "hors de sa portée"... Un mini-drame humain éternel). Magnifique aussi, en effet, ce plan séquence où les trois personnages ne cessent d'aller et venir en pétant un plomb, tout comme ces très jolis mouvements de caméra tout du long lorsque celle-ci s'avance tout en pannotant, comme pour souligner les choix qui ne cessent de se présenter au cours d'une existence. Le final manque quelque peu de punch - Woody laissant deux-tiers des intrigues en suspend (l'écrivain va-t-il finir par payer sa trahison, la chtite Naomi pourra-t-elle ouvrir sa galerie et trouver sa voie ?...) - comme si le cinéaste trouvait vain de chercher à conclure, à "moraliser" à outrance. Un Woody Allen qui se déguste comme un très bon vin de soif, je serais loin d'être le premier à m'en plaindre. (Shang 02/03/11)

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