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Est-ce qu'on aurait pas droit là à un des meilleurs Araki tout simplement ? Le compère a pu agacer par le passé avec ses films superficiels et légèrement crétins ; il se montre avec Kaboom beaucoup plus intelligent que prévu, et c'est pas dommage. A priori pourtant, rien de bien malin là-dedans : un teenage movie clasique, avec blonds baraqués et surfeurs, histoires de cul à outrance, recherche d'identité sexuelle et coups d'un soir à la clé. La veine artificielle et légère d'Araki est de ce côté-là entièrement respectée, on a toutes les étapes obligées de ce type de production, habillées d'ailleurs d'un vernis pop absolument superficiel. A chaque plan une couleur primaire, en gros, dans des cadres qui souvent effacent totalement l'arrière-plan pour plaquer les visages sur des fonds unis (Warhol est 10 fois mieux compris ici que dans le clicheteux Les Amours imaginaires de Dolan). Même si le film n'était que ça, ce serait déjà suffisant : c'est fun, super drôle, réellement libéré sexuellement et verbalement, enlevé, rythmé au millimètre, recouvert d'un vernis musical excellent (The XX, Interpol, Yeah yeah yeahs). On sourit devant les audaces, qui sont nombreuses, autant au niveau du langage (il y a une bonne trentaine de phrases culte, et la façon pleine de santé d'aborder les choses du sexe fait plaisir à voir) que de la mise en scène, qui n'a peur de rien : les transitions entre les scènes se font avec des effets à hurler de ringardisme (l'image qui éclate en morceaux, ou qui disparait dans un effet "flaque d'eau" : on dirait que Araki vient d'acheter sa caméra à la FNAC et qu'il teste les possibilités du truc). Ca fonctionne parce que c'est totalement décomplexé, assumé, frontal, naïf presque. L'adolescence, les années-fac, pour Araki c'est une longue hallucination plus ou moins fantasmatique (les clichés du beau mâle sur la plage, du triolisme, etc.), plus ou moins cauchemardesque (les délires paranoïaques, assez impressionnants), plus ou moins rigolote aussi.

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Mais Kaboom n'est pas qu'un film de collège. Car, autant que sous l'égide de John Hugues et ses ados débridés, Araki se place sous celle de David Lynch ou de John Waters. Le film fait des détours de plus en plus fréquents vers le fantastique, vers l'étrange, jusqu'à ce que ceux-ci viennent carrément interférer sur le roman d'éducation sentimentale qui se développait jusqu'à maintenant. On comprend bien vite que ce qui compte, c'est le passage de l'âge adolescent à l'âge adulte. Sur ce thème rebattu, Araki tresse une symphonie premier degré et très dessinée autour de la violence, de l'Apocalypse, de l'explosion de l'identité, etc. Avoir 19 ans, pour le personnage principal, c'est non seulement expérimenter le sexe avec des partenaires multiples et experts, mais c'est aussi faire l'expérience de l'écroulement d'un monde (son anniversaire marque une sorte d’Armageddon dans un final ahurissant), de la remise en question de son passé (la mère, très lynchienne, et d'ailleurs interprété par Kelly... Lynch, détentrice d'un secret trouble), c'est comprendre que le monde va maintenant se liguer contre notre liberté (ce complot dans lequel tous les personnages sont plus ou moins impliqués). La dernière bobine est un grand n'importe-quoi paranoïaque qu'Araki traite avec toute l'ironie dont il est capable : sans en dire trop, disons qu'en 3 minutes chrono, il réécrit la Genèse et l'Apocalypse, tout en faisant des cascades de bagnole. C'est ridicule, mais très fun parce que ça ne se prend pas au sérieux, et que tout ce barnum ne sert qu'à une chose : faire passer un jeune garçon dans le monde des adultes, dans le tourbillon de la vie, dans la responsabilité et le temps présent. Le monde est dangereux mais fascinant, incompréhensible mais fun à mort, voilà ; et que Araki ait lâché un peu ses pétards (qui devenaient fatigants à la longue) pour livrer ce film déjanté, halluciné et adulte, fait vraiment plaisir. (Gols 28/11/10)

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J'ai jamais été un grand fan du Gregg, je le concède, et ce film ne va, pour ma part, guère me réconcilier avec le bonhomme. Une image lisse comme pour une pub pour Gillette, une histoire qui s'émousse aussi vite que leurs trois lames et un film qui au final fait plus "ploc" que "kaboom". C'est clair qu'au niveau du "fun", on a notre lot de gros clichés de base (je rêve d'être le responsable du casting d'un film d'Araki) et même si quelques répliques (trente, c'est abusé, je dirais, à vue de nez, quatre et je compte pour deux la petite phrase sur Mel Gibson) arrachent une petit sourire, on fait vite le tour de l'histoire de ce "pauvre ado" qui nique comme un beau diable et qui "badtrip" sur des personnages sortis tout droit d'une B.D.  L'ami Gols a beau sortir une belle armada de références sous-jacentes, les références "culturelles" directes se limitent tout de même à L. Ron Hubbard (coup bas, c'est vrai...). On se demande bien d'ailleurs en quoi consiste vraiment leurs études (en dehors de celle qui s'amuse avec du fil de fer et de la référence vite balancée en début du film au Chien Andalou...), nos ados passant autant de temps à lire ou à voir des films que Jean-François Copé. Le passage de l'adolescence à l'âge adulte comme un monde qui s'écroule, ouais, enfin vu les bases philosophiques poussées de nos jeunes gens, leur certitude et leur questionnement ontologique (je suis beau, je plais ou non ?) ils ne risquent pas de perdre beaucoup de temps à balayer les gravats de leur enfance pour se reconstruire. Ce final, en forme de grand n'importe quoi, histoire de réunir tout le casting a fini de m'achever, ce kaboom conclusif résonnant presque comme une délivrance. Araki est peut-être un "roi" dans le second degré (je mets les guillemets de circonstance), il me semble quand même prendre beaucoup de plaisir à se repaître du premier. C'est fun, c'est speed, c'est fresh, c'est young, cool, mais on attend toujours son premier vrai film adulte... (Shang 27/02/11)

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