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Notre Yves Montand national occupait à l'époque le haut de l'affiche à l'Olympia et Marker de le capter de ses séances de footing pépères à ses répétitions : des répétitions filmées avec son éternel accompagnateur Bob Castella puis sur les planches même de l'Olympia avec toute une tribu du musicos. Entre deux chansons, Montand parle de son "jeu scénique" (petit laïus sur ce qu'il définit comme des "gestes instinctifs", nourris par la chanson elle-même - Montand, latin avant tout, parle et chante beaucoup avec les mains, et la caméra s'attarde à loisir sur ces mains ouvertes ou ces poings fermés -, de politique (revenant notamment sur les événements au Chili ; on a droit, en prime, à des extraits de La Guerre est finie, de L'Aveu ou encore de Z...) et de ses convictions profondes ("le premier acte révolutionnaire c'est apprendre, apprendre, apprendre... ce n'est pas quelque chose de romantique...") ou encore des femmes (on ne peut pas dire qu'il porte le mouvement féministe dans son coeur même s'il prend toutes les précautions d'usage pour en parler ; d'un autre côté, notre Papounet reconnaît haut et fort que, quoi qu'il advienne, face à une femme, un homme "ne fait pas le poids" - on acquiesce). Au delà de ces interprétations très diverses (du très sobre et très émouvant Chant des partisans au coquin Sanguine, du très lancinant Planter Café au ravageur En sortant de l'école : pour revenir justement sur ce dernier titre, pendant la répète avec son pianiste, Montand fait une petite crise de colère po piquée des hannetons ; il te lance un "Putain, chante pas avec moi !" assez assassin pour critiquer ce pauvre Bob qui a, d'après lui, perdu en route le fil de la mélodie : le pianiste, sans doute habitué aux sautes d'humeur de l'artiste, fait gentiment la pâte molle...).

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On sent à quel point, pour Montand, chaque petit détail compte - passionnant de le voir, sur scène, discuter d'un simple jeu de lumière ou de la balance avec les techniciens, des questions de rythme avec les musiciens - et il finit, en beauté, avec ce qui pourrait aisément passer pour une petite profession de foi, profession que je me fais un plaisir de vous livrer in extenso : "Je chante, j'écoute, je lis et voyage, je rêve et je vois. Mon métier, c'est de faire plaisir aux gens en les faisant rêver, rire ou pleurer. Je ne suis pas un philosophe ou un politique, mais ma vie est comme la vôtre : elle côtoie la vie des autres et leurs morts et les donneurs de mort. Je prète vie à des êtres imaginaires, quelque part entre ciel et terre, à l'écran et sur la scène, mais je vis dans le monde réel, les deux pieds sur terre. L'injustice et la douleur de ce monde résonnent en moi comme en vous. Saltimbanque, oui, mais pas somnambule. L'actualité suit son cours, comme on dit, un clou chasse l'autre. Un Kippour, le Chili, un homme bâillonné ici, cent autres assassinés là. Et la valse continue. Mais les réfugiés chiliens restent. Il y en a des milliers ici, autour de vous, qui cherchent du pain et un peu de chaleur. Il y a là-bas des milliers de prisonniers, des chômeurs forcés, d'hommes traqués. Vous n'en n'écoutez plus parler mais ils sont là. Je chante aujourd'hui pour que nous n'oublions pas le sang d'hier, pour que nous restions tous ensemble éveillés pour que ce sang ne soit pas, demain, le nôtre."

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