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Ce Winding Refn est décidément bien intéressant, et renouvelle ici avec brio le "genre" du thriller psychologique. Il faut dire, avant toutes choses, qu'il en cela aidé par un acteur prodigieux, ce bon vieux John Turturro qu'on pensait définitivement tombé dans la construction grimaçante et cabotine : il est extraordinaire dans ce personnage d'homme torturé par la mort de sa femme, complètement obsédé par la recherche de l'assassin et la compréhension de cet acte, et qui du coup s'est enfermé dans un mutisme qui confine à l'autisme. Il y avait de la place pour multiplier les effets de jeu à la Tom Hanks, Turturro est d'une justesse incroyable, travaillant sur la grande lenteur, l'hébétude, en même temps que la précision des gestes. Ca tombe bien : le film en entier est précis et lent, construisant patiemment une très belle atmosphère entre Kubrick et Lynch (références tarte à la crème mais ici très bien senties), sans jamais en atteindre le génie bien sûr, mais en ne déméritant pas non plus.

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Tout commence presque classiquement : Turturro est agent de sécurité, et sa femme s'est faite flinguer dans le parking du centre commercial où il oeuvre sans pitié (belle scène inaugurale où il met la main sur un pauvre pickpocket de 80 berges) ; depuis, il passe ses soirées à regarder les cassettes des vidéos de surveillance, à l'affût de l'assassin, du moment-clé où sa femme est tombée et où lui "a cessé de vivre". Les indices arrivent doucement, enregistrés avec froideur par un héros de plus en plus hors de tout, hébété et happé par le mystère. Mais peu à peu (tout comme pour Valhalla Rising qui cultivait la même rupture de ton virtuose, nous emmenant à l'opposé de ce qu'on attendait), l'enquête policière vire à la plongée dans les eaux troubles du subconscient ; il aura fallu une seule scène, une curieuse investigation dans l'appartement d'à côté, pour que la traque policière se "décale" et qu'on plonge dans un monde étrange, abstrait, pas si loin de la chambre rouge de Twin Peaks. On s'attend à tout après cette séquence, et effectivement, Winding Refn s'amuse beaucoup à nous donner de l'abstrait et de l'onirique en lieu et place de la vraisemblance et de la résolution de l'enquête : un ascenseur symbolique qui donne sur le vide, un restaurant où tout semble se nouer sans qu'on comprenne quoi que ce soit à ce qui est en train de se dire entre les personnages, et surtout ce bluffant virage à 180° qui arrive brutalement : on quitte Turturro pour recommencer une autre histoire, avec d'autres personnages (tout aussi parfait Stephen McIntire) et un sombre complot dont on ne saura rien. Aux trames multiples, Winding Refn préfère les atmosphères, qu'il réussit brillamment, et les descriptions intimes, que ses acteurs contribuent grandement à mettre en valeur, mais que son sens de l'écriture et du plan large soutient aussi. Dommage que, pour enfoncer le clou, il use d'effets numériques bien inutiles ; ils ne servent à rien, et même nous font parfois sortir d'un film hypnotique qui fait son effet. Flippant, schyzophrène, émouvant : réussite.

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