vlcsnap_1029935

Belle entrée en matière, là encore, avec un Robert Ryan (me fout toujours les boules ce type quand il prend son air méchant) qui se rue sur un flingue pour partir à la chasse à l'homme. D'où sort ce boiteux inquiétant se dit-on, pourquoi veut-il faire la peau à ce pauvre Van Heflin qui mène une petite vie bien paisible, que cache leur passé commun ? Zinnemann ne prend même pas le temps de faire péter un générique, juste le temps d'afficher le titre, un Act of Violence qui déchire l'écran, et la course-poursuite entre les deux hommes de s'engranger. Cette Seconde Guerre Mondiale a décidément fait perdre aux Ricains leur innocence - Van Heflin cachant un bien lourd secret - et Zinnemann, quatre ans avant High Noon, de nous servir un final dans ce polar très noir, digne d'un western - un duel sous la lune avec un train qui sifflera plein de fois, ça ne s'invente pas... Une rédemption est-elle possible pour notre héros ? A quel prix ? Tout sera dit...

vlcsnap_1028101

Van Heflin, marié, un gosse, jeune entrepreneur à succès, pense ne pas avoir volé ce petit week-end de pêche avec son bon vieux voisin. Une petite vie bourgeoise sereine, les eaux placides d'un lac, tout ça respirait la gentille tranquillité... jusqu'à ce que ce fou furieux de Robert vienne troubler et l'atmosphère et les eaux : il saute dans une barque, rame comme un malade et on se dit que ce pauvre Van était loin de se douter qu'on viendrait l'emmerder jusqu'au milieu d'un lac. Le destin est avec lui et il en réchappe par miracle, seulement notre homme se sait dorénavant traqué, et sait surtout par qui... Il va se calfeutrer dans sa baraque, éteignant toutes les lumières, effrayant sa femme (Janet Leigh) qui se demande bien quelle mouche l'a piqué ; le visage du Van est couvert progressivement par les ombres de la nuit (belle séquence dans les ténèbres) comme si son passé peu glorieux remontait à la surface... Appelons la police, chéri, suggère sa femme aux abois. Po si simple, dit-il, avant de raconter, peu fier, ce qu'il a fait pendant la guerre - il sait qu'il risque de se mettre sa femme à dos pour toujours - ah ben tiens, justement un plan on ne peut plus signifiant - mais surtout que le moment est venu de régler ses comptes avec son passé... Il peut bien tenter de fuir, en vain, le Robert étant bien décidé à ne jamais passer l'éponge...

vlcsnap_1028322vlcsnap_1028590

Van Heflin va se perdre jusqu'au bout de la nuit, croisera en route une pauvre femme (Mary Astor) qui a connu des jours meilleurs et qui va, presque malgré elle, l'emmener jusqu'au fond du gouffre - les femmes, ici, d'ailleurs, celle de Van, de Robert et même Mary Astor (passée un certain point) vont toutes tenter d'arranger les choses... Peine perdue. Lors d'une bien belle séquence on ne peut plus significative, Van Heflin perdu dans un tunnel (qui prend un double sens, faisant aussi bien référence au tunnel creusé dans le Camp qu'à l'exploration de sa conscience) va tenter de combattre les démons de son passé : le bout du tunnel n'est pas si loin, encore faut-il savoir sur quoi il va déboucher... Un final en forme de duel (... à trois... une truelle ? Nan, je confonds) de la plus belle eau convoquant à la fois l'imaginaire mythique du western et l'aspect fatal du film noir... Un film mené sur une belle cadence - il en aura fait des kilomètres à pied notre pauvre Van Heflin, notamment dans certains quartiers glauquissimes et désertés de Los Angeles - qui nous entraîne irrémédiablement jusque dans les bas-fonds (ceux du subconscient, de la ville, de la vie (le tombeau, c'est ça)). Polar de belle facture signé Zinnemann qui saura, au fil de sa cinématographie, jongler avec les genres.

vlcsnap_1029112