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Shangols a 5 ans, hosannah, et pour fêter cet événement en fanfare, quoi de mieux qu'un bon clip de Patrick Juvet ? Quoi ? Ben oui, Faut pas rêver, rareté intersidérale que je ne dois qu'aux recherches inlassables de mon gars Shang (aidé pour l'occasion par un de nos lecteurs que je remercie dévotement), est une commande de la télé pour illustrer une bluette du chanteur lisse. Fidèle à sa réputation d'être toujours à l'endroit qu'on n'attend pas, c'est-à-dire celui de notre perpléxité, JLG commence par évacuer d'entrée de jeu l'élément insdispensable de tout clip qui se respecte : la musique. La romance de Juvet est délibérément quasi-inaudible, "hors-champ", et on ne verra jamais aucune illustration directe des paroles d'icelle. Godard préfère parler de choses qui le touchent plus : en 1977, Giscard est au pouvoir, la gauche dans les choux, et la télé est devenue un instrument de propagande populiste surpuissant. C'est ça qu'on va choisir de nous montrer. Un seul plan : un enfant attablé regarde à la télé (hors-cadre) une émission qui diffuse la chanson de Juvet ; derrière lui, sa mère (la plupart du temps hors-cadre elle aussi) discute avec lui de choses banales (le cours de natation, les devoirs, ce genre de choses). Tout est question de regard là-dedans : dans quelle direction l'enfant regarde-t-il ? Où est la place de la mère par rapport à l'autorité plus imposante du media télévisé ? Qu'est-ce que ce dernier donne à voir à la jeunesse ? Comment détourner le regard pour qu'il se pose aux vrais endroits (c'est-à-dire la vie, concrète et solide, et non le rêve en boîte) ? Le procédé est simple, le discours complexe. Ces 3 minutes constituent une installation étrange et intrigante qui mèle en un seul cadre simplissime marxisme et critique du spectacle, satire de la famille et poème sur l'enfance. Ca ne va certes guère plus loin que cette colère bourrue typique du Godard de cette époque, et qui se conclue d'ailleurs par un deuxième plan, écrit, qui dit :

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Mais ce tout petit essai en forme de dazibao mérite l'attention, simplement parce qu'il profite d'une commande pour en fustiger les commanditaires, parler sainement politique, et donner lieu encore une fois à une foule de questionnements. Pointu de chez pointu, bon anniversaire à nous.

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