vlcsnap_2011_02_16_22h54m50s89Ah le charme surranné des comédies policières des années 40, avec ces dialogues si fins, ces acteurs si drôles et ces... Non, je déconne. L'Assassin habite au 21 est LE film qualité française tel qu'on n'en fait plus, et franchement c'est pas dommage. Non pas qu'il y ait quoi que ce soit de honteux là-dedans : acteurs à tronche et à gouaille, scénario à tiroirs, tirades travaillées en usine, atmosphères de studio soignées. C'est juste que c'est d'un lisse abominable, que tout semble manufacturé dans cet univers jamais crédible, toujours trop quelque chose : trop poli, trop bon élève, trop malin, et surtout trop consensuel. Qu'en 1942 un cinéaste ne trouve rien de mieux à filmer qu'un polar de gare laisse quand même sans voix, et ceci dit même en prenant en compte le fait qu'il y a peut-être quelques allusions à la situation française de cette époque dans ce divertissement roublardement caustique. Pour être vraiment sympa en effet, on peut voir dans cette intrigue (qui est Mr Durand, serial killer insaisissable, parmi les quelques suspects de la respectable pension de famille du 21 rue des Mimosas ?) une allégorie du Tueur Suprême, comprenez l'envahisseur allemand qui infiltre la société ; d'autant que la résolution de l'énigme (que je ne dévoilerai pas, et pourtant le film ne mériterait que ça) renvoie à une sorte de responsabilité collective qui pourrait marquer des points. Mais Clouzot marche bien trop sur des oeufs pour arriver à quoi que ce soit de concluant à ce niveau-là, et le film finit par n'être que cela : une intrigue policière même pas très bien ficelée qui vous fait oublier vos soucis pendant 1h18.

vlcsnap_2011_02_16_23h05m35s138Pierre Fresnay est médiocre en détective dandy qui se croit malin, et les seconds rôles bien trop schématiques pour être intéressants : le fakir louche, l'ancien combattant de pacotille, le brave vieux plus intrigant qu'il n'y paraît, la fan de romans policiers, tous les pensionnaires de la pension rivalisent de clichés et font plonger l'ambiance réaliste mise en place par Clouzot dans la BD premier degré. Seule Suzy Delair est bien, pleine de fantaisie et de vie, et pour une fois loin de ses compositions de cruche qui lui collent à la peau : certes, son personnage est agaçant, vénal et de toute évidence écrit par des hommes (...), mais elle parvient à lui donner une certaine vérité, en tout cas une drôlerie attachante. Sinon, c'est vraiment l'autoroute, plate et terne, qui ne sert qu'à mettre en valeur un savoir faire qui ne se remet jamais en question, ne prend surtout aucun risque et vous sert du prédigéré sans scrupule. Je veux pas parler à la place de mon camarade, mais à mon avis, c'est tout ce qu'on n'aime pas sur Shangols.