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Film hybride entre le muet et le sonore (quelques échanges dialogués au milieu du film qui surprennent, forcément), film épico-historique (on passe de la Guerre de 14 à l'épisode biblique de l'arche de Noé en un clin d'oeil tout en gardant les mêmes acteurs), mais surtout film absolument hallucinant au niveau des effets spéciaux et des moyens mis en oeuvre. Zanuck a écrit lui-même ce scénar démentiel que Curtiz a réalisé avec le savoir-faire qu'on lui connaît. La scène du déluge final ferait passer Titanic pour un film réalisé dans une pataugeoire et j'étais à deux doigts de faire dans le mauvais goût en disant que tous les figurants avaient dû finir noyés... en surfant trente secondes sur IMDB, j'ai appris que trois d'entre eux s'étaient réellement noyés lors du tournage, sans compter les très nombreux blessés (parmi les nageurs, il y avait d'ailleurs... John Wayne (!) qui, déjà héroïque, s'en est sorti nickel - si ça c'est po de l'anecdote !). Franchement, la dernière partie embarque tout sur son passage et il est bien difficile de ne pas sortir de ce film sans être un minimum bluffé... Cela ne fait pas tout, certes, mais comme le reste du film comporte son lot de moments de bravoure et de séquences dramatiques (jamais le dernier, le gars Curtiz, pour trousser une histoire d'amour et d'amitié), bien difficile de ne pas être satisfait à la découverte de ce film... quelque peu englouti dans l'histoire du cinéma. 

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On commence par quelques scènes bibliques, la Tour de Babel, le Veau d'Or, avant de faire une transition maline sur le culte moderne de l'argent et de la violence qui en découle. Après ses scènes d'exposition où au niveau des figurants et des toiles peintes dantesques on sent que la production en a sous le pied, on découvre l'une des petites maquettes joliment réalisées du film avec un train fonçant tout droit vers un pont victime de la colère de Dieu - un coup de tonnerre et notre pont de devenir gruyère. Avant d'assister au premier carnage du film, on fait la connaissance des principaux acteurs du film : deux Américains qui savent faire preuve de courtoisie (te virent un jeune type assis sur une banquette pour qu'il laisse la place à un homme de religion tout barbu) - Dieu saura reconnaître les siens et sauvera nos ricains et notre barbu -, un prisonnier, un Russe antipathique et une jeune danseuse allemande (la blonde et lumineuse Dolores Costello, the star du film)... C'est l'accident (des tonnes d'eau s'engouffrent dans les wagons, ce n'est qu'un avant-goût du final dans ce film le plus humide de l'histoire du cinoche) et après diverses aventures, on retrouvera nos deux Américains et l'Allemande à Paris, au début de la Guerre.

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L'un des Ricains, Travis, en pince pour Mary qui dissimule ses origines pour ne pas être considérée comme espionne. Quand les Etats-Unis entrent en Guerre, l'autre Ricain, Al, s'engage mais ne parvient pas à entrainer son pote. Ce dernier finira par avoir un sursaut patriotique et quittera sa douce pour rejoindre l'Armée. Les deux amis se recroisent sur le front pour une charge héroïque à la vie, à la mort (émotion, dis-je). Mary et Travis vont également avoir l'occasion de se retrouver "face-à-face" dans des circonstances pour le moins inattendues - les paroles du religieux barbu (le retour), présent lors de la scène, se révèlent on ne peut plus prophétiques, et après un ultime bombardement allemand (il me semble reconnaître la grosse Bertha, mais je ne suis point un spécialiste en artillerie), véritable déluge de terre et de feu, on enchaînera tranquillou sur l'épisode de l'Arche...

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On sent que les producteurs ont voulu garder le meilleur pour la fin, ces allers-retours entre la Guerre et la Bible étant tout de même un peu surprenants au niveau narratif. Noé et ses trois fils face au Roi, tout puissant Nephiliu dans sa cité d'Akkad, une poignée d'hommes d'un côté (et des animaux en renfort) contre un fou furieux entouré d'un million de figurants, ca va donner. Fallait pas se foutre de Noé qui s'est pété plus d'un ongle lors de la construction de cette immense barcasse... On aura droit à la totale, un casting d'animaux digne de celui d'un zoo dont on aurait ouvert toutes les cages en même temps, une pluie torrentielle qui se déverse sur une maquette, mais également des hectolitres d'eau déversés sur la tronche de figurants qui font plus vraiment les malins... C'est résolument "épique", chaque plan allant dans la surenchère au niveau du spectacle avec, en prime, un baiser d'une grande sensualité. On termine le film tout mouillé, pas forcément sous le coup de l'émotion mais pas pure empathie pour ces nombreux figurants sacrifiés sur l'autel du cinéma. Les Aventuriers de l'Arche perdue, en tant que film d'aventures, à côté, c'est Oui-Oui chez les Nains.    

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