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Un ptit film d'horreur, ça faisait longtemps, et même si je suis un peu mitigé par le résultat, on ne peut guère reprocher à Ty West d'être allé au bout de son projet initial sans vraiment faire de concession : nous replonger, en 2009, dans un film de genre à la mode eighties ; dès le générique avec sa typographie jaune baveuse, le grain de l'image qui ressort sa mère (surtout les séquences de nuit...) et le casque de walkman orange de son héroïne (le walkman faisant la taille d'un ampli), on comprend que le gars ne va pas chercher à nous fourbir du 342 plans par séquence, prenant d'ailleurs tout son temps pour nous faire suivre en temps réel son personnage principal qui se ballade tranquillou. Le pitch ne tarde pas à venir (la jeune fille sans le sou qui a trouvé la baraque de ses rêves, prête à tout pour amasser du pognon en tant que baby-sitter), et on se cale patiemment dans son fauteuil en attendant de voir ce qu'il adviendra de sa première nuit passée dans cette maison 01_keller_hotd_comp_00Bglauque. Ty West parsème mine de rien son dialogue de petites expressions lourdes de sens pour la suite (grosso modo : "j'espère po que le gamin sera pas infernal", "Après cette expérience plus rien ne sera pareil" mmmh, mmmh) et nous voilà donc avec notre nouvelle amie faisant connaissance avec l'inquiétant maître des lieux : le type lui annonce qu'elle doit non pas garder un mioche mais la grand-mère, passant de 100 $ la nuit à 400 $ (ouais quand même) et de lui annoncer trois fois avant de partir que le numéro pour commander une pizza se trouve sur le frigo - ça sent mauvais et franchement, à sa place, j'aurais commandé chez le Chinois du coin... Sans vouloir dévoiler les ressorts de l'intrigue, disons tout de même qu'il va falloir encore patienter un bon moment avant que la tension monte : que la peur vienne de ce que l'on ne voit point, c'est un fait, mais quand il ne se passe absolument rien, ça fout pas vraiment la trouille non plus. Ty West distille les infos au compte-gouttes - va-t-il falloir se méfier de la plomberie qui fait des bruits bizarres, quelles sont ces personnes sur les photos que notre héroïne déniche... hum, et quand elle se saisit enfin d'un couteau grand comme ma jambe (on la sent de plus en plus fébrile : bon réflexe), on se doute que cela ne devrait pas tarder à charcler. Tout est question d'attente, malheureusement, on finit par trouver le temps très long : qu'on la suive dans tous les recoins de la baraque, pourquoi pas, mais même si Ty West varie constamment et avec soin ses angles de prises de vue, au bout d'une heure de visite, on a beaucoup de mal à vraiment nous familiariser avec cet antre : po plus mal ? Oui et non, parce que, sans repère, on finit par se lasser de ces plans à rallonge qui ne mènent nulle part et ce, sans que la tension finalement s'installe où que notre amie se rende... Le dernier quart d'heure sera forcément explosif et... satanique (mais po d'une originalité folle quand on y pense, avec des trous ça comme dans le récit - l'enfantement ?...)... Bref, l'effort d'ensemble est louable mais l'effet final reste tout de même un peu faiblard. Pour dire, même po fait de cauchemars cette nuit, dormi comme une huître.   (Shang - 03/03/10)

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Pas mieux. Sur le papier, le projet de Ty West est en effet intrigant, puisqu'il pose une question primordiale : finalement, dans les films d'horreur, ne seraient-ce pas les séquences qu'il y a entre les meurtres qui sont les plus intéressantes ? Réponse après ces 90 minutes : nan. Conceptuelle, cette idée, donc, d'enlever au film tous ses moments attendus (les massacres, les filles qui crient, les découvertes de cadavres dans les placards, etc.), pour ne se concentrer que sur les "préliminaires", presque à la manière d'un Argento qui préfère toujours montrer ses jeunes filles errer dans des coins glauques plutôt que de les voir écharpées par le méchant. Mais comme le fait remarquer judicieusement mon camarade, si on ne nous lâche aucun sujet d'inquiétude, même vague, même impalpable, ben on a un peu de mal à avoir peur, malgré sa bonne volonté. L'essentiel du film est constitué de scènes complètement inutiles, ce Ty West n'ayant visiblement jamais entendu parler d'ellipse : le dialogue entre les deux jeunes filles dans la voiture, par exemple, est interminable, et strictement sans aucun intérêt, ni narratif (on pourrait l'enlever sans ôter quoi que ce soit à la compréhension) ni esthétique (les dialogues du film, en général, sont affreusement mal écrits).

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Ty West est fan du film d'horreur des années 80, gloire à lui, et prend de toute évidence comme modèle tous ces films lents et quasi abstraits qui savent faire monter la pression sur le presque rien : Halloween, Rosemary's Baby, Shining, etc. Il a bien raison, c'est des bons films. Et c'est parfois touchant de constater combien ce cinéaste d'aujourd'hui aime ce genre et cette époque de façon naïve et sentimentale : il en recopie tous les éléments visuels, allant jusqu'à balancer cette infâme musique 80's, ou à écrire ces scènes absolument invraissemblables dans lesquelles l'héroïne part exactement dans la direction du danger plutôt que de fuir dans l'autre sens, ou écoute son walkman au moment le plus critique de la chose. Mais, on l'a djà vu avec les Tarantino ratés, citer ses maîtres textuellement ne suffit pas : il faut aussi rendre ça contemporain, ou au moins intérssant à regarder. En l'état, The House of the Devil tombe de yeux, et on se surprend même à piquer du nez de temps en temps, ce qui est quand même un comble.

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Seule satisfaction, que ne partage pas le Shang : le dernier quart-d'heure, dont j'ai beaucoup aimé le laisser aller. West sait bien qu'il va falloir finir par donner de l"hémoglobine au spectateur, mais cette partie ne l'intéressant absolument pas, il met son point d'honneur à accélerer les séquences, et pour le coup multiplie les ellipses comme un fou : on ne voit pas la nana poignarder le méchant, le culte sataniste est privé d'explications, on ne sait pas qui est ce barbu qui vient aider le couple et on s'en fout, la distribution est décimée en 12 secondes et sans aucune surenchère de mise en scène, et le fameux viol est occulté comme si on l'avait oublié. Voilà qui est enfin intéressant, et qui montre que le gars va effectivement au bout de son idée. De sa mauvaise idée, mais tout de même...   (Gols - 11/02/11)