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Voilà une version jazzy d'Othello qui swingue son London sa mère. Grande idée de l'incontournable collection Criterion de rééditer les films de Dearden qui nous montrent (il faut bien reconnaître qu'avec l'ami Gols, c'est pas vraiment notre cup of tea, generally speaking) que le cinéma anglais possède de vrais trésors cachés. Sans être un grand connaisseur de jazz (mon entourage acquiesce), la présence au générique de quelques grands noms du jazz s'avère dès le départ alléchante (Charles Mingus, Dave Brubeck, Ray Dempsey, j'en passe et des meilleurs...) même si on craint forcément que la musique - omniprésente, le film se passant dans une seule pièce avec un groupe jouant en toile de fond - finisse par phagocyter une intrigue-prétexte. Que nenni, Dearden "mixe" les deux à la perfection (les monteurs sons et images effectuant au passage un travail qu'on imagine forcément ardu), les interprètes (de la musique et du film) se mêlant qui plus est magnifiquement. Au niveau de la mise en scène, c'est du nanan (quelle fluidité incroyable d'une scène à l'autre sans jamais sacrifier la musique) et on prend son pied à suivre cette partition réglée au cordeau. Une oeuvre pouvant satisfaire à la fois tout cinéphile et mélomane qui se respecte, c'est finalement pas si courant.

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Aurelius et Delia fêtent en musique leur premier anniversaire de mariage ; l'ami Rod Hamilton (Richard Attenborough), qui n'est guère dans le besoin, a tenu à organiser pour l'occasion cette petite soirée exceptionnelle en conviant toutes ses relations musicales. Il en pince pour Délia mais ne tarde point à mettre en sourdine ses intentions. Le saloupiot de l'histoire, le véritable Iago, n'est autre que l'un de ses potes, Johnny Cousin (excellentissime Patrick McGoohan) : lui aussi a des vues sur Delia et il ne tarde d'ailleurs point à lui déclarer sa flamme. Sèchement rembarré, il va mettre au point de façon machiavélique sa vengeance. Maniant les sous-entendus à la perfection, il va tenter de faire croire à un Aurelius, on ne peut plus sceptique au départ, que Delia et Cass - l'un de ses meilleurs amis et manager du groupe d'Aurelius - ont une liaison. Manipulant Cass pour qu'il provoque un scandale - Dalia, en amie intime, ne cessant alors d'aller lui parler, en aparté, pour calmer le jeu -, il va progressivement monter la tête à ce pauvre Aurelius. Il ira jusqu'à bidouiller une bande d'enregistrement pour persuader Aurelius de la trahison de sa femme... Le rythme des percussions s'accélère, la pression monte et on craint que les trompettes viennent sonner le glas de ce couple jusque là si bien accordé...

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Dearden ne cesse de faire faire des allers-retour à ses acteurs entre les diverses pièces de ce loft et la scène musicale (Aurelius étant pianiste, Cass saxophoniste, Delia chanteuse et Johnny batteur) soignant magistralement chaque transition et donnant surtout un sens à chacune des mélodies qu'ils interprètent (le "pianissimo" d'un Aurelius en proie aux doutes, les airs de sax étincelants d'un Cass (renforçant chez Aurelius l'impression qu'il cherche à "faire le beau"), les chansons... de charme de Delia et la batterie jouée comme un fou furieux par un Johnny "mentalement" instable). Un "mariage", pour le coup, entre les accords musicaux, les "airs" (ou les faux airs) de chacun et les désaccords conjugaux et amicaux qui fait merveille. Patrick McGoohan en beau parleur trouve toujours les mots juste pour jouer sur les petites faiblesses et les doutes de ses interlocuteurs, et le type devient tellement détestable, à enchaîner les mensonges comme un beau diable pour foutre le bordel, qu'on en viendrait presque à le trouver génial (au moins en tant qu'acteur) - plus langue de pute, tu meurs, et à ce niveau-là, c'est presque un art. Forcément le gars Aurelius va finir par sortir de ses gonds (ou gongs, allez, on peut se permettre) et l'on aura droit à un final en fanfare... Excellente petite surprise, même après avoir découvert ce Sapphire de très bonne tenue, et cela donne forcément envie de découvrir dans les plus brefs délais les deux autres titres exhumés par Criterion, The League of Gentlemen et Victim.    

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