1a_20nicholas_20ray_20knock_20on_20any_20door_20KNOCK_ON_ANY_DOOR_0Un film qui s'enfonce de plus en plus dans le noir de chez noir, et qui mérite donc bel et bien de prendre place dans l'odyssée du genre initiée par mon camarade. Peut-être que Ray, pour ce deuxième film, manque encore d'un vrai caractère, et que son film est souvent assez banal dans sa réalisation ; mais il répond quand même diablement présent dans les passages à ne pas rater, et nous laisse même, sur les dernières minutes, complètement sur le cul par cette façon (qu'il gardera toute sa carrière) de fermer à toute vitesse toutes les issues possibles de son scénar.

Reconnaissons-le : Knock on any Door est très loin d'être parfait. Bogart est aussi crédible en avocat que moi en demi de mêlée, le film est trop dialogué, et la construction générale est assez bancale. Il s'agit du procès d'un jeune marlou, accusé d'avoir tué un flic lors d'un braquage foireux. Bogart, qui le défend, va remonter à l'origine du malheur de ce gars, misère sociale, père mort en prison, mauvaises fréquentations, démission des tutelles, banlieue grise, pour tenter de renverser les jurés et innocenter son client. L'essentiel du film est donc fait de séquences de flashs-back où l'on suit la déchéance et les espoirs du gars, entre coups minables et petites pépées fascinées. Cousue de fil blanc, cette partie recèle pourtant déjà de très belles choses, notamment dans ces vlcsnap_2011_02_04_19h06m47s239nuances que Ray sait octroyer aux personnages, ni tout blancs ni tout noirs. Si Bogart apparaît d'abord comme un parangon de vertu, il dévoile vite une certaine brutalité désabusée et un passé un peu louche ; si Nick Romano (fièvreux John Derek) se la joue petite frappe à la belle gueule, on découvrira bientôt qu'en lui se cache un enfant malheureux, désireux de s'en sortir, aimant et romantique. James Dean traîne déjà dans l'ombre de ce personnage principal, avec tout le bagage psychologico-icônique de Rebel without a Cause, gros plans torturés, petit couple mignon et écorché vif, et cris de douleur compris. Dommage que d'aussi beaux personnages soient au service d'une trame si faiblarde, et d'une succession de scènes ternes, trop écrites, qui ont du mal à se départir d'une certaine théâtralité.

Heureusement, il y a ces morceaux de bravoure remportés sans problème par un Ray très fan du genre : la scène d'ouverture, nerveuse, électrique, qui manie avec bonheur les contrastes, les figurants, la musique tonitruante ; le braquage central, tout en silence et en montage "musical" (le gros plan sur le doigt qui appuie discrètement sur la sonnette d'alarme, simple insert d'une très belle dramaturgie) ; les scènes d'amour entre Nick et la mignonne Allene Roberts, filmées à deux millimètres de la peau des acteurs ; et surtout, vlcsnap_2011_02_04_17h47m00s236donc, cette avalanche que constituent les dernières minutes du film, absolument nihilistes et désespérées. On avait déjà eu un aperçu de l'absence de concessions du film avec cet enterrement brutal à mi-parcours (difficile d'en dire plus sans déflorer la chose), mais on est avec ce final dans le courage total niveau scénario. Du coup, l'aspect politique du film passe vraiment avec une belle franchise : on sent Ray très concerné par son sujet, qui frôle d'ailleurs le film à thèse : nous sommes tous responsables de la criminalité, nous devrions avoir honte du sort qu'on réserve aux hors-la-loi, chacun a droit à des circonstances atténuantes. Un film de gauche, je vous le confirme, vibrant d'émotion et de courage, qui n'hésite pas à parler des sévices subis dans les douches par les prisonniers, à fustiger les bourgeois confits d'honnêteté en leur renvoyant la jeunesse délinquante à la gueule, et à aller au bout du bout de son amertume. Un film tout en noblesse, qui mérite tout notre respect.