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Une pluie de critiques dithyrambiques à propos de ce film anglais qui part grand favori aux Oscar... Quitte à se faire lapider, autant tenter de faire entendre une petite "voix" (c'est tout le sujet du film, ça tombe bien) discordante (mouais pas mal, mais de là à crier au chef-d'oeuvre, il y a une sacrée marge...). Il s'agit donc pendant une grande partie du film d'un face-à-face entre le futur George VI (Colin Firth, qui devrait avoir l'Oscar pour récompenser ses talents de bègue, un handicap encore jamais couronné par la célèbre Academy) et un obscur orthophoniste australien, Lionel Logue, interprété par le toujours sémillant Geoffrey Rush. L'homme de sang royal (il est tout bleu, c'est facile à voir), tout penaud et frustré, face à l'homme de l'ombre, petit sujet de la Couronne britannique, qui a les moyens de le faire parler - il n'a pas de diplômes, aucune véritable légitimité pour faire ce taff (mais quelle est finalement celle de George, si ce n'est celle de s'être donné la peine de naître, hein d'abord ?) mais base son savoir-faire sur une méthode empirique indéniable (grosse expérience à soigner les blessés "sans voix" de la précédente guerre) qui pourrait bien convenir au futur dirigeant de cet Empire - on est forcé de jouer sur les mots, le film reposant sur la parole. La méthode du gars Geoffrey n'est en rien conventionnel - déjà il traite le futur roi en pote et l'empêche de fumer, c'est abusé - mais à force de petits trucs malins (quand le roi est en colère, tout sort d'un jet ? Faisons-le donc travailler sur une bonne série de mots vulgaires pour le débloquer - effet comique assuré ; quand il chante ou esquisse un petit pas de danse, ses hésitations ont tendance à disparaître ? Eh bé  qu'il chante et danse, même s'il a l'air ridicule, en plus cela permet de faire de jolis mouvements de caméra tout autour) notre ortho parviendra progressivement à lui donner confiance et à le faire progresser. Tout les séparait, a priori, mais ces deux hommes, malgré de menus accrocs en cours de route, finiront sur la même longueur d'onde et notre George de pouvoir, au moment crucial, faire enfin passer sa voix à la radio... Une belle histoire d'amitié "impossible", ça plaît toujours.

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Le film prend une certaine ampleur quand la petite hi-hi-hi-stoire de George rejoint celle avec un grand H et qu'il doit faire un speech pour galvaniser son peuple, à l'heure de l'entrée en guerre : une sacrée paire de manche quand en face il y a l'orateur du Diable, un certain Hitler. Pendant que ce dernier pense à conquérir l'Europe, l'autre part à la conquête de sa faiblesse - chacun sa voie. Toute la dignité et l'humilité du George contre la logorrhée verbale surexcitée du Fuhrer - il est d'ailleurs dommage qu'au passage Hooper ne creuse un peu plus ce sillon (l'art oratoire et l'utilisation des médias au siècle passé) préférant se concentrer sur la complicité qui naît entre Colin et Geoffrey. Même si certains mouvements de caméra très coulés voire aériens tentent de dynamiser quelque peu cette oeuvre un poil "théâtrale" qui se focalise sur nos deux acteurs au taquet, Tom Hooper (réalisateur surtout de séries télé jusque là) peine à vraiment nous convaincre au niveau de la finesse de sa mise en scène : les dialogues que ce duo d'acteurs se plaît à avoir en bouche constituant le (seul ?) véritable point fort du film. Bref, même si The King's Speech repose sur un scénar relativement solide (avec un soupçon d'émotion et de comédie mêlées), il est difficile de ne pas lui reprocher un certain "académisme" formel - mais cela ne devrait pas l'empêcher de plaire à un large public et de remporter la statuette (au contraire ?... bah, ne soyons point mauvaise langue).

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