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Voilà un film de John Cromwell de belle tenue et d'une terrible sobriété qui dit finalement tout ce qu'il y a à dire sur le monde carcéral, sans même avoir besoin de jouer au prophète : plus tu es fragile et innocent en y rentrant, plus tu as des chances d'en ressortir sec comme un coup de trique. Lorsque la pauvre Marie Allen (impeccable composition d'Eleanor Parker dont le visage se tend au fil des séquences) entre dans ce zoo pour êtres humains, c'est Bambi dans une réserve de chasseurs, un mouton dans une "louverie". Elle se retrouve emprisonnée à 19 ans après avoir été jugée comme "complice dans une attaque à main armée" : elle attendait en fait patiemment dans une bagnole pendant que son con de mari braquait une station service ; il est mort après avoir reçu un coup sur la tête lors de ce braquage foireux (40 dollars...), elle va avoir droit, pour cette modique somme, à une sacrée "éducation" (sic). Un film de femmes entre elles qui, sans jamais tomber dans les clichés du genre (histoires lesbiennes, petits vols entre amies...), livre un constat implacable : soit tu sombres dans la folie douce, soit tu deviens une hyène.

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A voir la fébrilité de notre gâte Marie Allen quand elle pénètre dans cette prison, on ne lui donne pas plus de 15 jours avant de craquer sa mère. Avec son petit minois de jeunette toute blonde, sa timidité maladive, ses bonnes manières et (pour ajouter à sa nausée) son polichinelle dans le tiroir, on se dit qu'elle devrait se faire déchiqueter au milieu de ces meurtrières qui en sont rarement à leur premier séjour... Elle a néanmoins la chance, contre toute attente, de se faire rapidement accepter par la big boss du lieu : sa petite façon de rétorquer à la gardienne en chef lui a en effet permis de marquer des points. C'est en fait cette dernière qui semble constituer la plus cruelle menace des lieux : environ deux mètres au garrot, des mensurations de cauchemars (120-110-273 à vue de nez) Evelyne Harper (Hope Emerson) est la féminité désincarnée. Même si la chtite Marie Allen est plutôt du genre à se tenir à carreaux, on ne peut point dire que cette conduite finisse vraiment par payer : une Evelyne Harper est toujours à l'affût pour vous faire morfler, si jamais vous ne lui mangez point dans la main...

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Cromwell n'a pas besoin de faire dans la surenchère pour traduire toute la pression mentale affreuse qui résulte de l'enfermement : une femme à laquelle on refuse la liberté sur parole se couche raide comme un piquet dans son lit, et passera de l'horizontale à la verticale absolues en deux temps trois mouvements en décidant de se pendre ; Marie recueille un pauvre petit minou (toutes les prisonnières se retrouvent hypnotisées par cette chtite bête comme un symbole de tout ce à quoi elles n'ont plus droit depuis longtemps (douceur, affection...)) que veut lui confisquer illico cette sale harpie de gardienne : c'est la révolte générale, révolte durant laquelle le pauvre chaton trouvera la mort - plus on cherche à résister entre ces quatre murs, plus on a de chance de s'autodétruire, merci pour la petite leçon ; même la big boss, qu'on pensait moulée dans du plomb, perdra dans un premier temps la face avec l'arrivée d'une matrone friquée puis la boule après une semaine en cellule d'isolement : son visage filmé plein cadre avec cet oeil qui cligne nerveusement vous fait froid dans le dos pendant des heures... On voit mal comment la chtite Marie Allen va en ressortir indemne, surtout lorsque sa première libération sur parole a été refusée (parmi les types qui donnent l'autorisation, s'en trouve un avec un sonotone... - plus sourds que ces trois guignols à la détresse humaine, je vois po).

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Si la directrice de prison tente tant bien que mal de montrer un minimum de compassion envers les détenues, d'améliorer un tant soit peu les conditions de leur détention, chaque tentative lui revient directement en pleine face. Comme lui lance laconiquement Marie Allen vers la fin : il ne sert à rien de tenter quoi que ce soit contre ce "système" carcéral ; ce dernier finira toujours par vaincre les bonnes intentions, par broyer les quelconques "illusions de rédemption" des détenues. Marie peut se permettre de tomber dans le cynisme le plus noir, elle paiera elle-même méchamment les frais de sa petite expérience carcérale. Dur, raide et efficace comme un barreau de prison dans ta tronche.            

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