Pendant adieuphilippine2_1_2que d'autres s'enfermaient dans la rue Jenner pour faire leur film, une bande de fou furieux créait la Nouvelle Vague, les seuls films qui donnent envie d'être né en noir et blanc... Ah le début des années 60, quand on partait dans une Frégate à toit ouvrant "à toute vibrure", quand, pour inviter une fille à danser il fallait lui demander si elle voulait "en suer une"... Bon j'ai pas connu, mais ça devait être sympa. Surtout que c'était quand même les débuts du mini-short... Alors, ce film... Ben en dehors du contexte, ça passe quand même à peine la barre. Le plus gros défaut étant les acteurs qui n'ont d'ailleurs rien fait après et cela constitue quand même une bonne nouvelle. Un trio donc composé d'un garçon et de deux 2 filles, ce fameux "ménâage à trwois" que les Anglo-Saxons nous envient tant. Ce trio nous emmène des plateaux télé, à ceux des pubs pour s'achever au club Med en Corse... Mouais. Alors oui c'est vrai, c'est frais, c'est vivant, ça donne une idée de l'air du temps mais tout cela ne vole tout de même pas bien haut... Il a dû se marrer, Truffaut, quand lui faisait Jules et Jim, de découvrir ce petit film ! Enfoiré.   (Shang - 01/03/06)


 19172006_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20090922_094104

Certes, ça ne vole pas à des hauteurs vertigineuses mais ce petit film, devenu d'ailleurs l'archétype de la Nouvelle Vague, vaut quand même plus que ce billet nonchalant des débuts de Shangols. Toute une époque, oui, et c'est ça qui fait tout le charme de cette chronique sentimentale : grand bonheur d'écouter cet accent gouailleur, réenregistré en post-synchro, ce qui lui donne une aura encore plus artificielle, de retrouver le charme faussement insouciant du début des années 60, de se prélasser au soleil corse en compagnie de ces jeunes filles en fleur délicieusement gourdes et tendrement nostalgiques. Pour ma part, j'ai trouvé l'acteur principal plutôt bon, dans ce qu'il exprime de l'époque : beau garçon un peu borniole, parigo jusqu'au bout des ongles, coureur de jupons qui annonce déjà le Rohmer des années 70, il joue justement sur une certaine fausseté de jeu qui est aussi l'un des sine-qua-non de la Nouvelle Vague. Très attachant, il rompt cependant avec la panoplie de ses collègues de l'époque : ce n'est pas un intellectuel, il ne lit pas Pavese dans sa baignoire (ou Henri-Pierre Roché, suivez mon regard) ; il est juste de son temps, vague loulou vivant de petits expédients, de dragouilles faciles et de jour le jour.

adieu

On sent que le film est fait à l'arrache, avec ces bouts de séquence qui ne commencent nulle part et finissent en plein milieu, montées un peu au petit bonheur. C'est vrai que les acteurs sont souvent mal dirigés, notamment dans les belles scènes de la fin, qui auraient pu atteindre au sublime et sont ratées à cause de la maladresse des jeunes filles (ce travelling sur la jetée sent la caméra embarquée, le placement des acteurs, le bricolage). Mais outre que cet aspect morcelé ajoute un certain charme à la chose (le côté amateur, toujours précieux et poétique chez nos cinéastes de ce temps), il donne au film une petite touche impressionniste qui convient parfaitement à ce portrait de générations. C'est à travers de tout petits faits que Rozier décrit les moeurs de la jeunesse des 60's, par de très courtes séquences, qui n'en sont presque pas tant elles sont légères et rapides, et ça en dit peut-être plus long que bien des discours. Un rayon de soleil, un visage qui sourit, une expression désuète ("J'vais t'lui mettre une plaque dans l'dos, quekchose de mignon."), et c'est tout un univers qui se déploie, modestement et gentiment. D'autant qu'il y a aussi derrière tout ça un désenchantement assez proche de Demy, par exemple, avec cette menace constante de la guerre d'Algérie (symbolisée pudiquement par le bateau final), avec cette gravité qui peut poindre au détour de la scène la plus burlesque (chômage, difficultés de l'amour, disputes inter-générationnelles). Quand Rozier change brusquement d'atmosphère, et livre ces scènes de danse quasi-tragiques (le regard qui fixe la caméra d'une jeune fille qui danse dans la nuit, une musique criarde qui transperce les ténèbres, une jeunesse qui s'estompe déjà dans l'obscurité), on comprend que l'insouciance n'est pas son seul sujet : il s'agit aussi d'assister à une métamorphose, celle d'un groupe de jeunes enfants qui passe du badinage amoureux aux choses sérieuses, la guerre, la séparation, l'âge adulte. Rozier a la politesse de dissimuler tout ça derrière un visage souriant et tendre, il a bien raison. Non, vraiment, la fausse futilité de Adieu Philippine n'exclut pas sa beauté, et malgré tous ses défauts formels, ça reste un film précieux.   (Gols - 25/01/11)

i208902