vlcsnap_2011_01_23_20h40m26s17Avant de découvrir l'épure avec ses films des années 57-60, Boetticher s'exerçait déjà à la simplicité de style avec ce western solide et tenu. Comme toujours, il sait s'entourer de toute une équipe de vieux briscards à qui on n'apprendra pas à faire la grimace, tant au scénario, infaillible, qu'à la lumière (très jolies ambiances nocturnes) ou à la musique, avec ce thème de générique hermannien qui n'est pas sans rappeler celui de North by Northwest. Hitchcock, tiens, pas mauvaise référence pour aborder cette histoire d'innocent pourchassé : Bill est un jeune gars libéré sur parole après avoir fricotté avec les Dalton ; pas sitôt monté dans le train qui doit l'emmener vers une vie sans crime, le voilà embringué dans un hold-up manigancé par son ancienne bande. Bien entendu, l'amalgame est vite fait, et notre pauvre gars se voit accusé de revenir à ses amours criminelles. La comparaison avec Hith s'arrête là (la scène d'évasion du poste de shériff est très proche de celle de Young and Innocent cela dit), puisque pour s'en sortir, le Kid adopte une solution radicale : redevenir criminel, comme ça au moins on ne le traquera pas pour rien. Intéressant retournement de situation psychologique, qui rend le personnage attachant (le coupable malgré lui, la société pourrie, etc.)

vlcsnap_2011_01_23_22h41m18s88Attachante aussi, toute la petite bande qui gravite autour de lui. On le sait : le méchant, chez Boetticher, ne l'est jamais vraiment, a toujours des circonstances atténuantes, est toujours peint avec nuances. The Cimarron Kid ne déroge pas à la règle : tous les personnages secondaires ont leur beauté, des plus nobles (grand personnage féminin encore une fois, tout en ambiguité, qui prend visiblement un grand plaisir à préparer les hold-up tout en rêvant de vie meilleure) au plus immondes (le gars Red, physiquement et moralement, est une grande pourriture, habité par une jalousie puérile qui lui fait perdre tout contrôle). Nos gars dévalisent des banques comme des enfants (2 banques en même temps, juste pour la beauté du geste), braquent des trains avec subtilité et toujours dans un seul but, toujours le même chez Boetticher : avoir sa propre "land", son ranch perdu loin de tout. C'est très joli, ces scènes entre deux séquences d'action, où les gusses discutent, rêvent, rigolent : Boetticher réussit parfaitement les scènes habituellement "pauvres" du genre, celles où des hommes attendent, montrent leur fragilité et leurs rêves au coin du feu. Il n'est pas en reste dans les scène plus mouvementées, avec ce savoir-faire de montage toujours impeccablement sobre et intelligent, qui nous resitue toujours dans l'espace, nous permet toujours la lecture la plus claire possible des évènements de l'action. Du glamour, de la bagarre, du beau cheval et des sentiments nobles : de la belle ouvrage qui n'atteint pas encore la beauté des derniers westerns du Budd, mais qui porte indéniablement la marque d'un style.