19496486_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100820_110842Avec l'âge, Clint n'a plus grand chose à prouver, certes. Mais au vu de ses films récents, on se demande aussi s'il a encore quelque chose à raconter. Hereafter est le film inutile par excellence : ni trame agréable, ni émotion particulière, ni même intérêt caché qui peut toujours se nicher dans les oeuvres mineures, le film ne déclenche, ne raconte, ne montre rien, offrant un exemple sidérant de pellicule gâchée pour nada. Jusqu'ici, même dans les petits films du maître (l'essentiel de sa filmographie, finalement, et c'est plutôt une qualité), il y avait toujours quelque chose à sauver, une manière de nous faire pleurer, une petite ironie dans l'autoportrait, une jolie façon classique de raconter, une lumière ; mais ici, toutes ces qualités sont estompées. D'abord, ce qui sidère dès le départ, c'est la laideur du film : passons sur le look que Clint a imposé à cette pauvre Cécile de France, la transformant en ménagère de moins de 50 ans affreusement banale ; mais dans l'esthétique même du film, tout est affreux, les lumières, la musique, les décors, les costumes (les photos ci-19631887_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20110105_121754contre rendent assez bien ce qui se passe à l'écran). Finis les clairs-obscurs académiques et très beaux de ses polars, et vive les clichés de carte postale. Clint tombe dans le même piège que ses camarades : en voulant filmer l'Europe, il en rend une vision de manuel scolaire ou de dépliant touristique, Paris réduit à sa Tour Eiffel, sa place de l'Etoile et sa culture rance, l'Angleterre résumée par Dickens, les petits cottages, la lumière grise et l'accent paposs. Quant à la partie américaine, elle n'est qu'insipide et transparente dans son esthétique.

Mais c'est sutout le scénario qui fait tout le défaut de l'entreprise. Que diable a-t-on voulu nous raconter ? Ni film sur la vie après la mort, thème à peine esquissé par une thèse ras-la-moquette ; ni film choral, la rencontre eds trois mini-trames ne parvenant à en faire une, très terne, que dans les dernières minutes, qui partent en couille tant elles sont décevantes ; ni mélo convenable, la froideur des ambiances, des personnages, et des situations bloquant toute tentative de décollage... On ne comprend pas ce qui a pu intéresser Clint dans ces sous-trames convenues et hétérogènes. Peut-être ça et là quelques scènes difficiles à faire : la reconstitution du tsunami de 2004, effectivement très joliment rendu par des scènes très spectaculaires ; l'imagerie du monde de l'au-delà, qui prend pour le coup des aspects images de synthèse futuristes complètement ratées ; une scène d'amour sur fond de dcours de cuisine asez audacieuse ; ou l'évolution du seul personnage un peu intéressant de la chose, Matt Damon, medium fatigué de ses visions, hanté par la mort, gâchant sa vie à cause de son don. Mais tout ça ne fait pas un film complet, et ces quelques (modestes) morceaux de bravoure sont noyés dans un océan de vide, poussif et désagréable à regarder. On reste de marbre devant 19536289_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20101008_114359ce romantisme surranné teinté de surnaturel jamais développé. D'autant que les acteurs sont bien pâlichons (la distribution française est affreuse, fausse, sûrement à cause de la barrière de la langue, et ce môme british est bien antipathique). Tout sent le faux, dans les situations, dans le jeu et dans les ambiances (Clint n'a jamais dû voir un journal télévisé, c'est pas possible). Il serait temps qu'Eastwood retrouve une nécessité à faire des films, sinon moi je dis que c'est pas la peine de crâmer tant d'argent pour si peu. Le plus mauvais Clint depuis bien longtemps.

All Clint is good, here