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Prolongation un peu en-dessous des Quatre Cents Coups. Truffaut a beau s'efforcer de bien nous rappeler qu'il s'agit du même Antoine Doinel (allusions à ses parents, retrouvailles avec le pote René, et même un flash-back qui reprend une scène du film de 1959), on a du mal à retrouver dans ce jeune homme poli et timide le Doinel qu'on a aimé 3 ans plus tôt. Ce n'est pas la faute de Jean-Pierre Léaud, qui donne ici quelques signes de l'immense fantaisie qui le définira plus tard ; non, plutôt la faute à un scénario pas très bien tenu, pas passionnant, qui tient en gros sur sa seule résolution finale, assez caustique (le parcours amoureux d'Antoine se termine chez les parents de l'insaisissable Colette, devant la télé). A part ça, il faut bien reconnaître que c'est un peu léger. Tant pis : contentons-nous de cette bulle de fraîcheur qui contient assez de détails rigolos pour meubler les 25 minutes de métrage. Bien aimé, par exemple, cet échange de regards par en-dessous entre les deux jeunes gens, lors d'un concert où la musique épouse parfaitement les petits bonds de leurs coeurs ; ou ces cris de joie échangés entre voisins, de fenêtre à fenêtre, et qu'on retrouvera dans La Nuit Américaine ; ou la délicate utilisation des chansons de variété pour décrire l'univers intime d'Antoine (parfois, c'est juste une bribe de refrain, on dirait du Godard, dis donc) ; ou ce plan balzacien sur Antoine qui ouvre sa fenêtre sur Paris dans un éclat de cuivres triomphal ; ou les micro-anecdotes si justes et si fines que Truffaut sait si bien égréner dans ses films (les lettres d'amour adolescentes avec des traces de lèvres de la bien-aimée ("Wouaou terrible !", sussurre Léaud)). Bref, Truffaut cherche encore un peu dans quelle direction il va pouvoir emmener son héros (et son acteur), c'est hésitant et plein de fausses pistes qu'il ne suivra pas plus longtemps ; mais c'est intéressant à ce titre, et c'est aussi d'une fantaisie très attachante, avec toujours cette gravité et cette mélancolie en arrière-plan qui font toute la saveur des comédies truffaldiennes. L'Acte III sera le bon.

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