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Un départ tonitruant de bonne vieille série B - une strip-teaseuse en tenue de travail (...) qui se retrouve à courir comme une dingue dans la rue (il y a d'ailleurs un petit côté A Bout de Souffle dans cette fuite effrénée et cette musique cuivrée) - pourchassée par un tueur. La troisième balle sera la bonne. On pense se diriger tout droit vers un film d'enquête classique (machin qui parle de truc qui met sur la piste du tueur...) mené par un duo qui l'est moins (un Américain pure souche (le beau gosse Glenn Corbett) et un nippo-ricain (James Shigeta qui n'est pas moins dénué de charme); on se met le doigt dans l'oeil parce qu'après avoir fait monter un peu la sauce au niveau du suspense (une bien jolie connaissance de la victime (Victoria Shaw) qui manque de se faire descendre pour avoir fait le portrait robot du suspect number one), notre petit film noir bifurque tout d'un coup sur une histoire sentimentale : ne voilà-t-y-pas que nos deux super potes inséparables (ils ont fait la guerre de Corée ensemble, James a filé son sang à Glenn, je vous raconte à peine les liens que ça crée, et depuis leur retour notre équipe de policiers vit dans le même appart) tombent amoureux de la même gonzesse (Victoria's show !): ça risque de mettre un sacré os dans le sushi...

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Fuller ne se gène point pour donner dès qu'il est possible une petite touche nippone à son oeuvre : une strip-teaseuse qui s'apprêtait à mettre en scène un spectacle dans son fameux kimono pourpre avec un samouraï et un karatéka (grosse brute, que l'on croisera plus tard, qui n'apporte absolument rien à l'intrigue mais qui permet de faire le spectacle lors de deux scènes d'action qui déménagent - le type est un spécialiste dans le lancé de flic), une séquence dans un atelier de poupées japonaises, un combat d'aïkido qui tourne au règlement de compte entre nos deux flics, ou encore un final dans le Little Tokyo de Los Angeles lors d'une procession (on sentait venir, depuis le début, ce climax orientaliste)... On pourrait croire que la belle Victoria se complaît à foutre le bordel dans ce petit couple de mecs, ben pas du tout, vu qu'elle annonce rapidement la couleur en ne cachant point ses sentiments pour le nippon (joli petit plan, on ne peut plus explicite, lorsque Glenn, raide dingue amoureux, et Victoria se retrouvent séparés par un croquis... représentant James (ah ouais, il risque grave de compromettre leur relation !)) - seulement ce dernier est vraiment trop dégoûté de la vie d'avoir à faire de la peine à son poteau et se renferme sur lui-même... L'heure de vérité viendra-t-elle, hum, hum ?

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C'est sûrement assez osé, même en 59, de raconter une histoire d'amour métissée entre un jap et une ricaine mais bon, l'ami James, qui a combattu en Corée, demeure quand même un bon patriote ricain. On en finirait presque par oublier notre enquête, mais Fuller conclue, comme il avait commencé, par une intense course-poursuite dans la foule - l'assassin de la torride Sugar Torch, faut reconnaître qu'on s'en tape un peu, finalement. Un film noir mâtiné de rose, voire d'une pointe de "philosophie" ("You only saw what you wanted to see", je vous laisse méditer à loisir) tout de même assez sympa, d'autant que le gars Fuller n'a po dû bénéficier d'un budget bien énorme pour réaliser la chose.   

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