vlcsnap_2011_01_12_22h19m34s214

Je comprends bien ce qu'a voulu faire Clint avec ce film, mais disons qu'en 76 il n'était pas encore assez bon réalisateur pour y parvenir. Avec The Outlaw Josey Wales, on dirait qu'Eastwood veut signer la fin définitive du western (grand thème depuis que le western existe...), lui faire faire un dernier baroud d'honeur avant extinction complète. Aussi, il convoque tous les passages obligés du genre, chargeant son film d'une multitude de mini-trames toutes aussi archétypales les unes que les autres : attaque de hordes de bandits, duel, sauvetage de pionniers, scènes de batailles, salons glauques, discussions âpres avec des Comanches, et tous les personnages attendus du genre : le brave fermier maltraité, les méchants ricanants, les chasseurs de prime sans scrupule, les colporteurs vénaux, les mamies courageuses, les jeunes filles à sauver, les Indiens patibulaires, les équipées sauvages de hors-la-loi, et enfin le Vengeur Silencieux qu'Eastwood a lui-même créé avec Leone.

vlcsnap_2011_01_12_21h15m36s235

Soit : c'est peut-être une bonne idée que de vouloir réaliser une sorte de western ultime, qui condenserait en deux heures de temps tous les clichés du genre. Mais du coup, on a droit ici à un catalogue trop hétérogène, sorte de film à sketches un peu effiloché qui n'arrive pas à faire tenir ses bouts ensemble. Eastwood s'éloigne rapidement de sa trame principale (un fermier voit sa famille massacrée par des bandits, et décide de se venger) pour accumuler les motifs façon lasagne. Si chaque partie a bien entendu des qualités (jeu d'Eastwood, musique très ambitieuse, humour froid), le tout pèche par manque de cohésion et de rythme. Abandonnés ainsi au milieu d'un univers rendu abstrait par le poids de son concept, les personnages manquent d'épaisseur, et deviennent de simples motifs auxquels on ne s'attache jamais. Le tempo beaucoup trop alangui pour ce type de film, qui nécessiterait un minimum de nerf, ajoute encore au malaise qui émane du bazar : on comprend, mais on ne vibre pas. D'autant qu'il manque aussi ce côté héroïque que Leone avait su trouver (et Clint aussi, dans High Plains Drifter) : les aventures et les inventions de Josey Wales sont pauvrettes, comme cette attaque de bac qui aurait pu être savoureux, ou cette fusillade finale, ou l'amourette qui naît entre lui et la jeune première (Sondra Locke, vraie présence). Le glamour reste aux vestiaires, et le plaisir du spectateur un peu aussi : le film est froid, trop intellectuel presque, trop fabriqué. Eastwood reviendra au western dans quelques années, Dieu merci.

vlcsnap_2011_01_12_18h45m08s68

All Clint is good, here