vlcsnap_2011_01_09_21h25m54s158Le film est dédié à "tous ses interprètes", et franchement, c'est bien la moindre des choses que Chabrol pouvait faire pour remercier ses acteurs : ce sont eux et seulement eux qui font la qualité d'Une Affaire de Femmes. Tout le reste est bien poussif. C'est Huppert qui mène le bateau, et encore une fois avec une subtilité totale : à la fois énervante et attachante, elle construit un personnage tout en profondeur. Elle joue une "avorteuse" qui l'est devenue un peu par hasard, sans aucune conviction morale ou désir d'émancipation féminine ; profiteuse, sans conscience politique, elle est une de ces "collaboratrices passives" (ça se passe pendant l'Occupation) qui profitent de la présence de l'envahisseur sans aucun scrupule. Ca pourrait faire d'elle un personnage odieux, mais Huppert lui confère une sincérité qui renverse complètement l'opinion du spectateur : c'est une femme en survie, pleine de rêves, et qui doit nourrir ses enfants et continuer à vivre malgré les temps difficiles. Les gros plans que lui offrent Chabrol où on la voit simplement être là, dans toute son "innocence", sont magiques, lui donnant l'occasion de fabriquer un de ces visages opaques et graves donte elle a le secret : on lui donnerait des baffes, et on l'embrasserait tout autant. A ses côtés, Cluzet est diablement émouvant en cocu triste, et notons aussi le très beau travail avec les deux enfants du couple, touchants et justes. Il est vrai que les petits rôles sont moins bons : Marie Trintignant est caricaturale en pute argoteuse, Nils Tavernier est clicheteux en collabo décadent.

vlcsnap_2011_01_09_19h18m25s215Mais à part pour ces acteurs, qui s'investissent pleinement dans le film, on soupire tristement devant la lourdeur démonstrative ici mise en place. Chabrol retombe dans ses travers de paresse, et sur-écrit chaque scène pour les rendre signifiantes : les dialogues semblent sortis d'une thèse sur l'histoire de l'émancipation féminine et l'avortement, la construction du récit accumule les gros sabots de la reconstitution historique (le discours de Pétain qui arrive comme un cheveu sur la soupe, la traction avant de rigueur, les costumes trop d'époque, les chansons qui restituent le contexte avec la subtilité d'un tracto-pelle), et on nous explique tout sans jamais laisser le trouble, l'ambiguité ou pour le moins une petite part de mystère envahir le film. Il importe qu'on comprenne bien que cette femme n'est pas responsable de ce qui lui arrive, qu'elle est victime d'un contexte, d'un manque d'éducation, d'une époque ; Chabrol semble mettre son point d'honneur à gommer la subtilité que confère Huppert à son rôle en empilant les séquences ORTF destinées à un public de lycéens qui pourrait passer à côté de la thèse. Le film est du coup pontifiant et simpliste. Quant à la mise en scène, agréable par intermittence (ces gros plans, donc, ou l'abstraction intéressante du dernier quart), elle est souvent transparente, et parfois même très lourde (faire rentrer systématiquement le petit détail historique dans le champ pour justifier la reconstitution). Un film démodé et appuyé.