PDVD_001Le troisième Kitano est un petit film qui ne se donne pas des airs de grands, et ça suffit à le rendre attachant. D'autant qu'il n'est pas non plus minuscule, et qu'il développe avec finesse la poésie minimaliste de son auteur : humour à froid, amourette craquante, sens de l'absurde, Kitano y montre pour la première fois sa sensibilité délicate, et c'est du bonheur. C'est l'histoire d'un éboueur sourd-muet qui veut apprendre le surf, ce qui dénote déjà une certaine originalité dans l'inspiration. Parallèlement à ses efforts pour tenir sur sa planche, on suit l'évolution de ses amours avec une jeune fille, sourde-muette également, totalement admirative et aux petits soins pour le grand dadais. Ce n'est guère plus que ça : un couple mutique qui va son chemin, un de ces duos que Kitano adorera croquer tout au long de ses films jusqu'à Achille et la Tortue : une osmose entre deux déclassés, réunis dans une même passion, aussi absurde soit-elle. C'est très joli de voir ces deux tourtereaux traverser avec flegme les décors cradouilles de la ville, surf sous le bras, regard droit devant, sans un mot. A travers une poésie proche de l'haïku, Kitano cherche le plus petit procédé possible pour décrire son scene_20at_20the_20sea_20korean_204couple : plans simples, immobilité des personnages, dialogues réduits à la portion congrue, musique de clavier Bontempi (Joe Hisaishi fait son entrée chez Takeshi), esthétique binaire (lui/elle, ou lui/la mer). On peut regretter que le scénario, du coup, ne décolle jamais vraiment, et qu'on se retrouve à la fin à peu près comme au début ; mais il y a dans ces petites tranches de vie du quotidien un sens des détails qui fait mouche, une grande attention portée aux personnages secondaires, une vision toute simple (et presque ozuesque) de la vie quotidienne, qui suffisent amplement à remplir les 100 minutes du film. Du cinéma modeste et délicat.