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Voilà donc ce que l'on considère comme le tout premier film noir 100% ricain. L'histoire est certes totalement abracadabrante - il y a autant de coïncidences en une heure que dans quinze minutes d'un Lelouch, une référence dans le genre, hum... -, la direction d'acteurs est totalement inexistante (le couple phare composé de John McGuire et Margaret Tallichet se croit dans un vaudeville, même cet excellent Elisha Cook Jr surjoue, quant à Peter Lorre, il est totalement en free-lance - inquiétante petite voix doucereuse alternée avec de vives sautes d'humeur qui tourne rapidement à l'exercice de style), heureusement que l'on a droit, en plein milieu du film, à un petit passage qui fleure bon l'expressionnisme allemand : même réalisé avec deux francs six sous, ce passage avec cet immense set où les murs sont striés par les ombres de barreaux de prison - (notre héros en plein délire imaginant son arrestation), avec ces lettres en gros caractères ("MURDER") qui s'étalent sur les journaux, avec cette contre-plongée sur une Margaret au supplice avec en toile de fond d'immenses gratte-ciel, avec ce plan, comme au ralenti, sur ce cortège qui s'avance vers la mort (...), ce passage, disais-je, mérite à lui seul le détour. L'intrigue est totalement baclée - un journaliste qui découvre coup sur coup deux cadavres passe du rôle de témoin numéro un à celui d'accusé -, le suspense totalement inexistant - un plan d'une demi-seconde sur Peter Lorre et l'on sait qui est le meurtrier : je ne dévoile rien, mes bons amis, malheureusement...- et le final tellement fleur bleue qu'on se demanderait presque s'il s'agit d'un film noir pur jus...

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Mais ne soyons point caustique outre mesure sur le fond et reconnaissons que dans la forme, le jeu sur les lumières (signées Nicholas Musuraka) - évoquons également au passage la superbe séquence des escaliers où McGuire croise Peter Lorre - et les effets spéciaux en général (on est point étonné d'apprendre (merci à l'excellent et détaillé article de dvdclassik sur lequel je suis tombé par hasard : rendons à César...) que le directeur artistique, Van Nest Polglase, et Vernon Walker, en charge de ces admirables effets, ont bossé ensuite sur Citizen Kane, référence en la matière) valent leur poids en grains de café... Pour une initiation au genre, c'est déjà po si mal en soi, même si on est encore bien loin des films de la "maturité". Un petit noir léger qui peut se targuer d'ouvrir la voie, et quelle voie...

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