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Le bilan de ce coffret Budd Boetticher/Randolph Scott est plus que positif, et ce Ride Lonesome est complètement à la hauteur des 4 autres films : simple, droit, raconté sans emphase et sans graisse, avec en plus un petit ton très personnel qui remporte complètement le morceau et le fait sortir du tout-venant. Boetticher sait magnifiquement s'entourer, aussi bien au niveau de ses scénaristes, qui inventent là une splendide histoire de vengeance comme on les aime, que de ses acteurs, tous attachants ; mais il ajoute à cette sauce déjà très réussie sa patte personnelle, faite de découpage au taquet, de sensibilité de personnages, et de modestie toute en noblesse. Résultat : il faudra peut-être se décider dans ce blog à qualifier de chefs-d'oeuvre les films de Boetticher. Ce que je fais ici.

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Ca commence comme tous ses autres films : un homme seul dans le désert, à cheval, venu d'on ne sait où, allant on ne sait où. Il vient en fait mettre la main sur un jeune meurtrier qu'il doit ramener en ville pour qu'il y soit pendu. Il va rencontrer en chemin deux petites frappes qui aimeraient bien mettre la main sur le prisonnier, la femme du chef de gare, bombasse comme il se doit, et le frère du meurtrier, bien décidé à empêcher son brother d'être pendu. Et justement, c'est peut-être ce dernier que notre héros recherche vraiment... A partir de la scène inaugurale, simple comme tout (superbe disposition des corps dans l'écran, ce qui semblera être le mot d'ordre de tout le film), le scénario se complexifie de plus en plus, déclinant toute une gamme de rapports entre les individus : désir sexuel, amour, soif de vengeance, désir de rachat, admiration, amitié virile, voire rapports homosexuels latents. Il y a comme toujours dans le couple de bandits des relations très ambigües que Boetticher cache à peine : certes, ils sont attirés l'un et l'autre par la blonde héroïne ; mais il faut voir leur séance de rasage, l'un tenant le miroir pour l'autre et tâtant sa joue amoureuement, ou écouter ce dialogue tordant où le chef fait une déclaration d'amour à son sbire. A ce jeu, les deux acteurs, Pernell Roberts et James Coburn, s'en donnent à coeur joie, et construisent les cow-boys les plus attachants du monde : à la fois rudes et fragiles, dangereux et drôles, en soif de rédemption, ils représentent toute la beauté des cow-boys de Boetticher ; il y a toujours une part de poésie enfouie, d'enfance, de bonté, dans ses hors-la-loi. D'ailleurs, même le grand vilain du film (Lee Van Cleef) a cette sorte de tristesse assagie qui le rend si touchant. Scott, du coup, passe un peu au second plan face à cette galerie de personnages parfaitement dessinés (auxquels il faut ajouter la femme, splendide pieta farouche et courageuse, et Billy Boy, auquel James Best donne une folie à la Nicholson qui donne une belle touche d'humour au film).

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Cette douceur et cette tristesse font qu'on reconnaît un film de Boetticher à trois kilomètres. Mais ce film-là, qui est sûrement son meilleur (dit-il après en avoir vu 5 sur 70), atteint vraiment au grandiose dans la mise en scène elle-même : les scènes a priori banales de dialogues sont découpées avec une grande virtuosité, énormément de plans d'une seconde montés sec pour développer les relations entre les personnages, et toujours les situer dans l'espace. Il y a notamment une scène où le prisonnier tente de s'échapper en menaçant Scott d'un fusil : l'alternance du plan sur eux avec deux autres (les deux gangsters qui s'en amusent, et la femme qui regarde tour à tour les deux duos) se fait avec une précision géniale, si bien qu'on sait toujours exactement où sont les personnages, qui a peur pour qui, qui doute, qui jubile... C'est pas grand-chose, juste un savoir-faire dans la construction d'une séquence qui fait les grands. La grande noblesse des scènes finales, qui montre une foi en l'Homme et en la bonté inébranlable, ajoute encore à la grandeur de ce film, qui a en plus la politesse de passer pour un petit film de genre. Boetticher mériterait une odyssée sur ce blog, je n'attends que l'aval de mon camarade.