J'étais assez impatient de voir ce film de Tsai, véritable retour aux sources pour ce natif de Malaisie où j'ai quand même passé po mal de temps moi-même. Bon alors c'est clair qu'au niveau des dialogues on assiste à un film quasi muet (la plupart des paroles viennent de la radio ou de chansons) et qu'il ne se passe pratiquement rien pendant deux heures. Quoique.

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L'histoire est celle d'un matelas : matelas récupéré dans une poubelle, recueilli par un Malais, puis déplacé dans un immeuble abandonné (les traces de la crise de 97 toujours visibles en plein centre de Kuala Lumpur) avant de finir sur une eau stagnante avec nos trois rôles principaux endormis dessus. On découvre au générique de fin que l'homme paralysé que l'on voit plusieurs fois au cours du film est le même que le personnage errant : il est donc fort possible que ce dernier soit une projection de celui-là, ce qui expliquerait une telle importance du matelas qui est son seul lien avec le monde alentour (allant sur l'excellent site du ciné-club de Caen, la critique de J.L. L. confirme ce sentiment - de même qu'il a raison de parler de l'affaire Anwar tant le matelas amené au procès à l'époque avait fait parler de lui... (ancien bras droit de Mahatir, il a écopé de plusieurs années de prison pour sodomie avec son chauffeur - un méli-mélo politique hallucinant) Bref). Ce qui se passe dans le film serait alors des rêves de cet homme couché... Alors justement was passiert ? Ben, il est donc soigné et pris en charge par un Malais, qui semble être de plus en plus attiré par son hôte (compter une heure), masturbe la femme qui s'occupe de son corps dans le coma et a une liaison avec l'aide soignante... Ah oui c'est calme - et lent. Cette passade amoureuse se fait sur fond de haze (chaque année pratiquement, les feux de brousses indonésiens mettent un voile pas seulement sur la tête des Malaises mais sur toute la ville)  et il est très difficile pour les deux amants d'aller jusqu'au bout de leur acte, chacun finissant par reprendre sa respiration dans une des jambes d'un jeans (c'est bien d'ailleurs une des seules petites pointes humoristiques...). Errance et incommunicabilité, espoir et fantasme, modernité, laideur (le plastique est omniprésent) et dérives, autant de thèmes récurrents chez ce grand cinéaste qui fait des films de plus en plus en creux - Beckett ne le renierait sûrement pas.

HEY_YAN_QUAN

On reconnaît toujours cette attirance de Tsai pour les endroit délabrés, et cette ruine - la construction inachevée - envahie par les eaux est un décor qui lui convient parfaitement : no man's land moderne où les êtres ont les uns envers les autres une attirance physique certaine sans pour autant qu'aucun dialogue ne s'établisse - même la rencontre, la communion des corps sont devenues impossible à cause de cette pollution... C'est toujours un peu glauque - et lent - à l'image de ces scènes de nuit fantastiques lorsque le matelas est transporté devant les murs de l'ancienne prison (ce bâtiment avec les murs peints par les prisonniers, peut-être le seul endroit authentique de tout Kuala Lumpur...): si Tsai a un sens du cadre inouï, il faut tout de même une sacré foi de cinéphile pour ne pas parfois tomber les paupières. Enfin, un cinéaste très exigeant, ne nous en plaignons point, par pitié.  (Shang - 26/11/07)

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Jamais été très client de Tsai Ming-Liang pour ma part, et I don't want to sleep alone ne va rien faire pour me le rendre plus sympathique. Je me suis honnêtement fait chier comme un rat mort devant ces jolis tableaux lisses et vides, en me demandant pourquoi diable Tsai mettait tant de conviction dans la longueur de ses plans, qui m'a paru bien inutile. C'est ni plus ni moins qu'un vaudeville (tous les personnages tombent sous l'emprise amoureuse d'un homme), mais sans dialogues, sans coups de théâtre, sans humour, sans légèreté. Pour masquer le manque criant de fond de son scénario, Tsai s'efforce de faire dans l'arty en multipliant les séquences interminables qui nous montrent de beaux cadres chiadés sur la ville, sur ses décors de ruine, sur ses personnages immobiles. Au final : on a l'impression gênante que le cinéaste pose pour la postérité, et lorgne du côté des autres cinéastes de la lenteur (Weerasethakul vient souvent à l'esprit) sans en avoir la motivation profonde. Mon compère repère des allusions à l'histoire du pays et de la ville, ce qui est fort possible ; mais si vous n'êtes pas au jus de la chose, vous allez vous trouver devant un objet de musée très fabriqué, jamais sincère, et très roublard. Pour moi, ce cinéma-là fait semblant d'être exigent, d'être intelligent, et ne sert que de cache-misère à une faillite complète de narration de la part de Tsai.   (Gols - 29/12/10)

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