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Second volet des "aventures" du gamin Jamie, après l'excellent Mon Enfance, qui confirme à la fois la puissance visuelle de l'univers de Douglas et également le fait que notre jeune héros n'a po eu une enfance super rose. Ambiance minante, c'est le cas de le dire, avec ces premières images où les mineurs s'enfoncent sous terre. Jamie pense échapper au pire (son frère est amené manu militari dans un pensionnat à la mort de leur grand-mère maternelle) en trouvant refuge chez sa grand-mère paternelle et sa loque de père, mais on ne peut pas dire pour autant qu'il sera particulièrement choyé. Passant le plus clair de son temps recroquevillé dans un coin, il mène une véritable vie de chien, à ceci près que le lévrier de la maison, qui se retrouve souvent à sa hauteur, est, lui, digne de toutes les attentions. La seule fois où la grand-mère le prendra sur ses genoux aura lieu quand cette dernière sera complètement bourrée. Notre Jamie en viendra à prier pour qu'elle devienne alcoolique - sans guère d'illusion - et en viendra ensuite rapidement à souhaiter sa mort. La vieille résistera, l'ambulance ne venant point chercher son corps mais ramènera celui du grand-père qui a déjà bien morflé : ce sera bien le seul qui lui communiquera un tant soi peu d'affection. Le reste du temps, notre Jamie n'est pas à la fête : à l'école, il pionce sur sa table et se pisse éventuellement sur lui et dans son nouveau "foyer" (home fuck home), il en est souvent réduit à voler pour se nourrir (une bouteille de lait, ou encore une pomme, préférant d'ailleurs offrir la première au grand-père - Bill Douglas et les pommes, toute une histoire, comme une preuve d'amour que l'on donne - voir en cela la première partie) et morfle sa race quand on le force à avouer où sont cachés les bijoux de la grand-mère (il préfèrera les enterrer quelque part dans cette terre noire locale, après avoir dépecé le lit façon Zéro de conduite). On pourrait croire qu'on touche le fond dans le misérabilisme, eh bien même pas : l'esthétisme de chaque plan (ces plongées qui donnent le vertige comme une scène filmée des cieux, cette force absolue que possède chaque scène cadrée au millimétre...) apporte beaucoup de pudeur à ce récit (je sais pas si vous voyez forcément le lien mais je me comprends...), atténuant en quelque sorte le côté cauchemardesque de la chose. On sent bien que Jamie n'a pas eu l'enfance la plus facile du monde mais Douglas parvient toujours à glisser de subtiles touches d'émotion comme pour nous la rendre moins amère. Pas gai, certes, mais toujours filmé avec un tact saisissant - l'enfance de l'art, c'est peut-être ça, au fond...          

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