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Voilà 6 ans que JLG ne nous avait pas gratifié d'un long métrage, un vrai, avec des acteurs. Eh bien, comment dire... ? On est en même temps tout fébrile de découvrir Film Socialisme, qui remplit moult promesses et comble moult attentes, et déçu de ne découvrir "que" ça, un objet moins révolutionnaire qu'annoncé, et qui se promène même parfois vers la faiblesse de style. Pour tout dire, on est sans arrêt balancé entre dévotion pour cette patte éternelle, unique, géniale, et énervement de voir le JLG revenir à de la pure cérébralité, alors que les films récents, longs ou courts, sont ce que le cinéma a fait de plus beau et de plus poétique depuis toujours.

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Première partie : on est sur un paquebot à la Fellini, un de ceux qu'on devine symboliques par la somme d'individus bigarrés qu'il trimballe. Et c'est exact : cette croisière de rêve est en fait une allégorie de l'Europe déconstruite, celle capable de brasser la grande Culture éternelle (philo, musique, littérature, peinture) et les basses spéculations du monde moderne (fric, divertissement, loisir envisagé du point de vue pascalien). C'est bien sûr la plus belle partie, puisqu'elle permet à Godard d'utiliser pleinement son génie du montage, du hiatus, du "chaos organisé" qui a fait sa marque : chocs musicaux, saturations de plans, travail sur la texture même de l'image, inspirations triviales ou hyper-sophistiquées : c'est un big bang sur-maîtrisé, destiné à dresser un portrait du monde contemporain dans tous ses excès. On peut chopper quelques secondes une conférence sur la géométrie, pour passer brusquement à un exercice de gym-tonic, pour rebondir sur une allusion aux criminels nazis en liberté, pour atterir sur une réflexion sur l'argent, pour redécoller vers une histoire d'amour, etc., le tout à travers un écheveau de sons et d'images impressionnant. 99% des références nous échappent, bien sûr, Godard pratiquant une sorte de codes de correspondances entre les plans qui n'appartient qu'à lui. Mais, souvent, on retrouve le grand JLG de For Ever Mozart dans cette sentimentalité entièrement poétique, qui cache sous la théorie cérébrale une sensibilité extraordinaire. Il y a dans ce chaos organisé tout un système de "rimes", toute une symphonie de l'amertume et de la solitude qui touche profondément. Malgré quelques plans un peu appuyés, un humour un peu douteux, ce premier tiers est d'une beauté qui fait plaisir à voir.

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Malheureusement, on quitte le bateau pour revenir à la terre ferme, avec une partie beaucoup plus narrative et beaucoup moins intéressante. Dans une station-service (la même que dans Je vous Salue Marie ?), des enfants fomentent une sorte de révolution contre leurs parents : ils ne les aiment plus, et veulent revendiquer leur droit à la liberté, à l'égalité et à la fraternité. Cette rebellion est filmée par une équipe de télévision assez ébahie. Tout ça est assez poussif, et du coup Godard délaisse complètement la poésie au profit d'un discours abscons qui laisse sur la touche. Même si on apprécie de voir le bougre diriger aussi bien les enfants (c'est nouveau, ça), même si ça et là résident encore de bien belles choses, on ne peut s'empêcher de comparer cette partie à quelques grands films "enfantins" de JLG (Pierrot le Fou est omniprésent dans ce môme insolent et plein de vie), au détriment de la cuvée 2010. Trop frontal (contre la télé, les adultes, le système, et j'en passe), le film vient butter contre son propre système, et nous perd pour de bon.

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Reste ce dernier quart-d'heure, magique, bouleversant, où Godard revient au pur montage, balançant ses acteurs aux oubliettes pour se livrer à un de ces puzzles d'images d'archives dont il a le secret. Les chocs des nations, l'horreur du monde, la tristesse d'être d'aujourd'hui, passent ici par des extraits de films (d'Eisenstein à Varda), des bouts de tableaux, des musiques prises dans tous les univers (Bashung, Pärt, Beethoven), des inscriptions à même l'écran. On est certes en terrain connu, mais c'est toujours immense de revérifier le génie godardien dans le recyclage des oeuvres d'art : la fameuse "troisième image" prend ici tout son sens, puisque les apparitions saccadées de toutes ces oeuvres finissent par construire autre chose, une image du monde désolante et magnifique. Bilan : une demie-satisfaction, donc, puisqu'il y a cette moitié de film vraiment chiante et inintéressante. Il n'en reste pas moins que Godard mérite bien entendu 30 palmes d'or. (Gols 17/05/10)


Veni, vidi, po tout compris mais j'ai décidé aujourd'hui (la journée des réalisateurs en Go) de me fier totalement aux commentaires éclairés et éclairants de mon camarade. Si Goupil était trop simpliste, Godard se fait souvent bien abscons (on est jamais content, bordel...) et le fil de ces pensées qui passent souvent du coq au lama m'a souvent paru bien difficile à suivre ; c'est le but du jeu, retors, godardien, bien qu'on ait parfois un peu l'impression qu'il se fait finalement des films... juste pour lui : le cerveau de Godard est immense et l'on perd pied dans ce dédale de métonymies imagées, musicales, citationnées... Ouh là, mon vocabulaire s'égare... On adore quand Godard filme des discothèques comme des champs de guerre (un son et une image sur-sur-saturés du meilleur effet), évoque Hollywood, Mecque du cinéma... fondée par des Juifs, découpe les mots en deux pour en puiser toute la sève (Hell as - pas mieux)...  Sinon, faut voir - c'est pratique comme expression... Godard a autant de foi en l'Europe qu'en l'avenir du cinéma, c'est un fait qu'il exprime du haut (du sommet...) de son art (du montage) à nous, petits spectateurs dans l'expectative, qu'il énonce en nous faisant visiter des ports (symboliques, tout à fait) en nous laissant souvent à quai. Le meilleur film sur les croisières Costa, sur la politique française dans une voie de garage, sur des humanités pas toujours reluisantes, pour le reste, franchement, no comment. (Shang 28/12/10

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