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Wakamatsu a beau enchaîner les films comme personne, il nous livre quelques pépites dont il serait bien dommage de se passer. Shinjuku Mad n'est certes pas la plus déjantée de ses oeuvres - un scénar, qui plus est, des plus abordables et une construction linéaire d'une étonnante simplicité - mais dresse un portrait de cette société nipponne exsangue et sans repères absolument redoutable. L'histoire d'un père qui vient de sa province pour savoir qui a tué son fils, voilà pour le fil conducteur. Les premières images - des monceaux de cadavres qui jonchent les petites ruelles de Tokyo, sympa au petit dèj ; un meurtre barbare (the séquence en couleur) où la compagne du type assassiné est barbouillée du sang de la victime, je fais l'impasse sur la confiture de fraise ce matin -, nous font pourtant craindre le pire au niveau du glauque et du gore. On fait alors connaissance avec ce pauvre père en train de harasser deux flics pour savoir qui est responsable de la mort de la chair de sa chair : ils l'envoient paître, lui demandent de leur laisser tranquillement faire leur taff et notre pater, qui est loin d'être taillé comme Clint Eastwood, de décider de mener sa propre enquête. Bon courage, vieux...

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Individu embrumé qui se nourrit au pétard, gang de jeunes dans le métro le nez dans un sac en plastoc (po pour sniffer des bonbons Haribo m'est avis), guitariste possédé par Krishna qui se lance dans une chanson de vingt-cinq minutes pendant que des couples de jeunes baisouillent dans un square cimenté,... difficile pour le pater, perdu dans cette ville face à cette nouvelle génération... perdue dans ses trips, d'obtenir une quelconque info. Il parvient tout de même bon an mal an - via une prostituée qu'il a bien du mal à calculer... - à avoir l'adresse d'un bar (où on se roule des pelles à l'envi et où on fait connaissance avec son partenaire la main dans le slip, eh be) dans lequel il apprend que son fils, qui a "vendu la ville" - une simple balance bossant pour la police ? - a été victime du fameux Shinjuku Mad. Rendez-vous sera pris pour un face à face qui s'annonce décisif...

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Si le pater semble enfermé dans ses références passéistes - ses multiples comparaisons avec l'époque de l'ère Meiji -, la bande menée par Shinjuku Mad (au début on pense que ce sont les Village People nippon, au petit détail près qu'il y a une jeune femme nue attachée à un pylône dans un coin), avec ses idéaux fumeux révolutionnaires (po facile de vouloir changer les choses... sans passer à l'action) n'a pas l'air d'avoir beaucoup plus de poids pour parvenir à "changer le monde". Si ces derniers se moquent volontiers de "ces robots" qui sillonnent la ville pour se rendre à leur taff, leur "projet de société" semble lui-même bien "fantôme" - on apprendra d'ailleurs, sur la fin, que ce prétendu Shinjuku Mad a été assassiné voilà déjà quelque temps... Le pater, qui se fait au passage (à tabac) démonter la tronche, ne se gêne pas pour leur dire leur quatre vérités et parvient à mettre en fuite cette bande de zozos bien minables - notre vieux sauve la femme en la prenant tel un gentil King-Kong dans ses bras, on pourrait y voir une signification cachée... Une jeunesse révoltée et bruyante improductive - le gang de jeunes motards qui va... on ne sait où - qui paie l'impuissance de leurs aînés (le pater voulant bien aussi prendre le blâme): c'est un peu le constat final qui laisse les bras ballants... (bien aimé la réflexion laconique du père lorsqu'il se rend, à la fin, dans l'appart (où son fils a été assassiné) transformé en baisodrome : "Bah, vous êtes po si malheureux" - de mémoire...). Wakamatsu marque à nouveau les "esprits" avec cette oeuvre joliment agencée, toujours superbement cadrée en scope et qui bénéficie d'une petite musique jazzy constamment en sourdine du meilleur effet : un bilan d'une société désemparée diablement lucide, vi.