vlcsnap_1134731

En à peine une heure, Naruse dessine le portrait d'une jeune femme de vingt-deux ans, Chiyo, qui quitte sa campagne (la très fraîche Sachiko Chiba - quatrième collaboration d'affilée (et dernière, sauf erreur) avec le cinéaste) , son arrivée en ville, ses premières petites déceptions, ses espoirs, ses peurs... Malgré une expérience marquée par une certaine désillusion - un premier amour est toujours trop beau pour être vrai... -, elle continue de garder un incroyable optimisme, comme une foi en elle qui ne peut la quitter. Chiyo, lorsqu'elle débarque à Tokyo et découvre que son amie n'a pu trouver qu'un travail d'hôtesse, pourrait vite baisser les bras et retourner illico dans sa campagne pour trouver un bon vieux mari du coin. Que nenni, elle tente de trouver d'autres opportunités, se résout rapidement à devenir hôtesse à son tour - en attendant mieux... - et même si ce n'est point la panacée au niveau social, une seule véritable peur l'habite : celle de changer en profondeur, de devenir une femme de mauvaise vie voire d'être désespérée comme certaines de ses collègues. Naruse multiplie les séquences où elle fait face à son miroir, comme si, au delà des apparences, Chiyo prenait plaisir à se retrouver fréquemment face à elle-même, pour être sûre que son âme, elle, ne change pas d'un iota. Une construction narrative assez surprenante - Naruse se prend pour Buñuel... un peu en avance sur son temps - et un final où la pugnacité féminine, malgré les aléas, parvient à triompher.

vlcsnap_1137126vlcsnap_1140515vlcsnap_1191076

Naruse n'est peut-être pas Mizoguchi pour nous faire pénétrer la vie intime des geishas, mais parvient en quelques séquences à dresser un portrait assez vivant de ce bar d'hôtesses : il y a celles qui se font toujours avoir en tombant amoureuses du premier venu, celles prêtes à tout quitter du jour au lendemain pour un homme riche, celles qui "rêvent" de trouver un amant pour se suicider à ses côtés... autant de femmes qui ne correspondent point aux attentes de la très fleur bleue Chiyo : trouver un homme qui l'aime, et vivre avec suffirait amplement à son bonheur... Ayant la chance des débutantes, sa première rencontre avec le jeune Ogawa qui devient rapidement un assidu au bar, se passe comme sur des roulettes. Il n'est qu'un simple petit employé mais prend plaisir à partager toutes ses soirées avec sa douce... Quand il l'emmène en voyage en tentant de passer incognito, on craint tout de même le pire pour la chtite Chiyo : ne se serait-elle pas emballée un peu vite pour un jeune homme qui a tout l'air de vivre un tantinet au dessus de ses moyens ?... Chronique d'une désillusion - ou d'une illusion - annoncée, le récit, malgré le sourire de plus en plus illuminé de Chiyo (lorsqu'elle parle à son compagnon de l'argent qu'il faut économiser pour leur premier bébé (va vite en besogne la gourgandine) ou imagine déjà la visite champêtre qu'ils rendront, dans leur plus beaux atours, à ses parents) semble se diriger tout droit dans une terrible impasse... 

vlcsnap_1139917

Chiyo assume pleinement sa naïveté de petite paysanne qui a tout à apprendre, entend à loisir les conseils de ses consoeurs, mais son absolue confiance dans sa propre "pureté" pourrait bien lui jouer des tours... Sachiko Chiba a une bouille vraiment craquante - il faut la voir souffler face à un miroir, alors qu'elle a un peu abusé de la binouze, pour garder semble-t-il la tête froide - et on craint jusqu'au bout que cet Ogawa profite de sa jeunesse et de sa candeur. Mais la confiance que Naruse place en les femmes et en leurs ressources combattives - cette capacité à garder les pieds sur terre - est infinie... Portée par une petite musique des plus entraînantes, cette heure passe comme un charme malgré les multiples menaces qui planent sur notre héroïne - du clodo qui tourne autour d'elle à son arrivée à ces deux jeunes hommes ivres qu'elle croise le premier soir (mignonne Chiyo qui se lance dans une chansonnette, à la vue de roseaux, sous un lampadaire qui imite le clair de lune - le sens parfait du cadre narusien) en passant par ce premier flirt trop beau pour être honnête. Une bien belle partition du Mikio que l'on savoure forcément... (d'autant que notre odyssée commence à tirer à sa fin... heureusement que certaines oeuvres risquent de s'avérer très coton pour mettre la main dessus).

vlcsnap_1193885