bscap0020bd3

On aurait tort de ne pas s'avouer que chacune des apparitions de Garbo dans ce film est proprement divine : coiffée d'un simple bonnet ou d'un béret, les cheveux en pétard, en tenniswoman ou vêtue sobrement de noir des pieds à la tête, elle irradie tout simplement cette bonne vieille péloche. Quand, en plus, elle se permet de jouer avec ses sourcils (Greta est l'actrice du muet du sourcil !), que son regard soit dubitatif, amusé ou colérique, il y a franchement de quoi fondre. On comprend aisément, après cela, qu'elle fasse tourner les têtes des hommes pantins...

nuevaimagenoo0

Greta est mariée au père Charles, type ventru et vieillot, qui, suspectant sa femme de lui être infidèle, a engagé un détective d'une belle incompétence. Il a bien raison d'avoir des doutes cela dit, mais l'inverse kiss10serait en fait assez étonnante vu la classe de sa compagne... Greta a une liaison avec un avocat à la fine moustache mais, malheureusement, ce dernier manque un peu de roubignolles pour s'enfuir avec sa belle. Ils échangent un premier baiser dans un musée d'Art - dans la pièce des "Arts intimes" comme le note coquinement une visiteuse -, un second dans un petit jardin, après une soirée où les deux ont été conviés, ouf ça passe, et c'est en fait le troisième baiser que Greta va donner à un jeune gamin de dix-huit ans qui va lui être fatal... L'avocat s'est barré à Paris et Greta tue le temps avec ce petit jeune qui la vénère. Un soir ce dernier insiste pour lui voler un baiser sur le seuil de sa porte et la Garbo, pas bégueule, s'exécute gentiment ; seulement le petit jeune a une montée d'hormones, chahute un poil avec la Greta pour en arracher un second et là, le mari de cette dernière survient à l'improviste : il avance comme un rouleau compresseur - belle variation de plongée et de contre-plongée au cours de la scène - sur le jeune homme et alors que les trois se trouvent dans un petit bureau hors-champs, le drame éclate : le Charles est retrouvé raide mort le matin même, une balle dans le buffet. Le gamin s'échappe la queue entre les jambes et la Greta de devoir faire face à un procès... Ah ben, ça tombe bien, elle connaît justement un avocat...

bscap0023kz7

"Je suis l'épouse parfaite d'un homme que je n'aime pas", lance sublimement la Greta dans les bras de son amant dès le début du film. Elle devra d'ailleurs affronter un gros retour de bâton pendant son procès, le juge se permettant de dire qu"'il est difficile d'appeler l'union de Greta et du Charles un mariage d'amour" - un sacré coup bas qu'elle accepte sans même vaciller : la femme Garbo sait faire front, persuadée au fond d'elle-même de son intégrité (adorable créature...). Va-t-elle être victime de son allure de reine ou sera-t-elle capable de sortir de ce procès sans la moindre éraflure ? Je laisse planer le suspense... Rarement vu, en tout cas, une veuve qui avait autant la classe lors d'un procès - c'est une véritable gravure de mode et les dessinateurs dans la salle ne s'y trompent point. En dehors des scènes de baisers diablement coquines, Feyder nous gratifie de quelques plans parfaitement léchés, qu'il s'agisse des multiples travellings arrière sur une Greta à la démarche souple et décidée ou de ce mirifique plan dans un miroir avec, au départ, le regard de Garbo face caméra (je me suis passé le plan en boucle à la fin pour essayer de comprendre la subtilité du mouvement de caméra... un plan sciant). Bon, on n'est pas dans non plus dans le pur chef-d'oeuvre mais faut reconnaître qu'avec un titre comme ça et une actrice comme la Greta, il est difficile de ne point être envoûté...   (Shang - 03/06/09)

bscap0044wt9


Complètement à l'unisson de mon camarade : pas un chef-d'oeuvre, mais un véritable phénomène d'actrice qui suffit largement à notre bonheur. Il est vrai que Garbo est divine, et magnifiquement aimée par son réalisateur. Pour ma part, deux de ses apparitions m'ont renversé : la première quand son amant, pénétrant dans une soirée avec du retard, balaye du regard l'assemblée ; banal regroupement de tronches bourgeoises et satisfaites, jusqu'à ce que son regard, et le nôtre, tombe sur la Greta tourmentée, l'oeil fixe et le sourcil bas : une véritable impression d'empreinte faite dans la pellicule. La deuxième, dont mon camarade parle plus haut, de ce plan effectivement grandiose qui commence sur un très gros plan (Feyder excelle dans ces cadres très serrés, qui déifient complètement son actrice) pour s'élargir à l'ensemble du décor en travelling arrière. Ca tient du miracle, oui, en tout cas de l'osmose entre la photogénie de Garbo et la belle technique de Feyder pour la réhausser encore un peu plus. Tout le film tourne autour de l'actrice, et il est vrai que le scénario policier n'est pas vraiment passionnant du coup. On se tape un peu, pour tout dire, du reste de la distribution autant que de ce qui nous est raconté : n'importe que cette présence-là.

vlcsnap_2010_12_25_00h12m47s43

Il y a quand même un grand moment de mise en scène, que l'ami Shang ne signale pas : c'est le flash-back mensonger et hésitant qui arrive à mi-parcours. Contrainte de mentir à la police tout en restant crédible, Garbo raconte une version tronquée de la nuit du meurtre. Ce qui est très audacieux, outre cette technique nouvelle à l'époque de nous montrer des images fausses (ce qui contredit presque toute la définition même du cinéma), c'est que les imperfections du récit de Garbo, ses doutes, ses flous dans le récit, ses hésitations, trouvent une forme immédiate dans ce qu'on voit : si elle hésite sur l'heure du crime, on voit les aiguilles de l'horloge tourner dans tous les sens ; si elle est floue sur les fenêtres, ouvertes ou fermées à ce moment-là, on voit celles-ci s'ouvrir ou se fermer au gré de ses rectifications ; on la voit même suspendre le geste d'éteindre la lumière, non parce que c'est arrivé, mais parce que ce qu'elle raconte est plain de pauses et d'erreurs... C'est très ingénieux, et ça prouve que Feyder sait être là quand il faut, sait avoir de jolies idées de mise en scène. Notons aussi qu'il est très bon pour planter une atmosphère : la journée ensoleillée au tennis, par exemple, ou la fameuse nuit du crime complètement chargée de moiteur érotique en même temps que d'électricité. The Kiss est donc une très grande satisfaction de fêtichiste gretagarbique tout autant que d'amateur de mise en scène efficace. Côté récit, c'est vrai qu'on reste dans le banal ; mais qu'importe, du moment qu'on a la Garbo ?   (Gols - 25/12/10)

vlcsnap_2010_12_25_00h36m35s240