25 décembre 2010

Le Baiser (The Kiss) (1929) de Jacques Feyder

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On aurait tort de ne pas s'avouer que chacune des apparitions de Garbo dans ce film est proprement divine : coiffée d'un simple bonnet ou d'un béret, les cheveux en pétard, en tenniswoman ou vêtue sobrement de noir des pieds à la tête, elle irradie tout simplement cette bonne vieille péloche. Quand, en plus, elle se permet de jouer avec ses sourcils (Greta est l'actrice du muet du sourcil !), que son regard soit dubitatif, amusé ou colérique, il y a franchement de quoi fondre. On comprend aisément, après cela, qu'elle fasse tourner les têtes des hommes pantins...

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Greta est mariée au père Charles, type ventru et vieillot, qui, suspectant sa femme de lui être infidèle, a engagé un détective d'une belle incompétence. Il a bien raison d'avoir des doutes cela dit, mais l'inverse kiss10serait en fait assez étonnante vu la classe de sa compagne... Greta a une liaison avec un avocat à la fine moustache mais, malheureusement, ce dernier manque un peu de roubignolles pour s'enfuir avec sa belle. Ils échangent un premier baiser dans un musée d'Art - dans la pièce des "Arts intimes" comme le note coquinement une visiteuse -, un second dans un petit jardin, après une soirée où les deux ont été conviés, ouf ça passe, et c'est en fait le troisième baiser que Greta va donner à un jeune gamin de dix-huit ans qui va lui être fatal... L'avocat s'est barré à Paris et Greta tue le temps avec ce petit jeune qui la vénère. Un soir ce dernier insiste pour lui voler un baiser sur le seuil de sa porte et la Garbo, pas bégueule, s'exécute gentiment ; seulement le petit jeune a une montée d'hormones, chahute un poil avec la Greta pour en arracher un second et là, le mari de cette dernière survient à l'improviste : il avance comme un rouleau compresseur - belle variation de plongée et de contre-plongée au cours de la scène - sur le jeune homme et alors que les trois se trouvent dans un petit bureau hors-champs, le drame éclate : le Charles est retrouvé raide mort le matin même, une balle dans le buffet. Le gamin s'échappe la queue entre les jambes et la Greta de devoir faire face à un procès... Ah ben, ça tombe bien, elle connaît justement un avocat...

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"Je suis l'épouse parfaite d'un homme que je n'aime pas", lance sublimement la Greta dans les bras de son amant dès le début du film. Elle devra d'ailleurs affronter un gros retour de bâton pendant son procès, le juge se permettant de dire qu"'il est difficile d'appeler l'union de Greta et du Charles un mariage d'amour" - un sacré coup bas qu'elle accepte sans même vaciller : la femme Garbo sait faire front, persuadée au fond d'elle-même de son intégrité (adorable créature...). Va-t-elle être victime de son allure de reine ou sera-t-elle capable de sortir de ce procès sans la moindre éraflure ? Je laisse planer le suspense... Rarement vu, en tout cas, une veuve qui avait autant la classe lors d'un procès - c'est une véritable gravure de mode et les dessinateurs dans la salle ne s'y trompent point. En dehors des scènes de baisers diablement coquines, Feyder nous gratifie de quelques plans parfaitement léchés, qu'il s'agisse des multiples travellings arrière sur une Greta à la démarche souple et décidée ou de ce mirifique plan dans un miroir avec, au départ, le regard de Garbo face caméra (je me suis passé le plan en boucle à la fin pour essayer de comprendre la subtilité du mouvement de caméra... un plan sciant). Bon, on n'est pas dans non plus dans le pur chef-d'oeuvre mais faut reconnaître qu'avec un titre comme ça et une actrice comme la Greta, il est difficile de ne point être envoûté...   (Shang - 03/06/09)

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Complètement à l'unisson de mon camarade : pas un chef-d'oeuvre, mais un véritable phénomène d'actrice qui suffit largement à notre bonheur. Il est vrai que Garbo est divine, et magnifiquement aimée par son réalisateur. Pour ma part, deux de ses apparitions m'ont renversé : la première quand son amant, pénétrant dans une soirée avec du retard, balaye du regard l'assemblée ; banal regroupement de tronches bourgeoises et satisfaites, jusqu'à ce que son regard, et le nôtre, tombe sur la Greta tourmentée, l'oeil fixe et le sourcil bas : une véritable impression d'empreinte faite dans la pellicule. La deuxième, dont mon camarade parle plus haut, de ce plan effectivement grandiose qui commence sur un très gros plan (Feyder excelle dans ces cadres très serrés, qui déifient complètement son actrice) pour s'élargir à l'ensemble du décor en travelling arrière. Ca tient du miracle, oui, en tout cas de l'osmose entre la photogénie de Garbo et la belle technique de Feyder pour la réhausser encore un peu plus. Tout le film tourne autour de l'actrice, et il est vrai que le scénario policier n'est pas vraiment passionnant du coup. On se tape un peu, pour tout dire, du reste de la distribution autant que de ce qui nous est raconté : n'importe que cette présence-là.

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Il y a quand même un grand moment de mise en scène, que l'ami Shang ne signale pas : c'est le flash-back mensonger et hésitant qui arrive à mi-parcours. Contrainte de mentir à la police tout en restant crédible, Garbo raconte une version tronquée de la nuit du meurtre. Ce qui est très audacieux, outre cette technique nouvelle à l'époque de nous montrer des images fausses (ce qui contredit presque toute la définition même du cinéma), c'est que les imperfections du récit de Garbo, ses doutes, ses flous dans le récit, ses hésitations, trouvent une forme immédiate dans ce qu'on voit : si elle hésite sur l'heure du crime, on voit les aiguilles de l'horloge tourner dans tous les sens ; si elle est floue sur les fenêtres, ouvertes ou fermées à ce moment-là, on voit celles-ci s'ouvrir ou se fermer au gré de ses rectifications ; on la voit même suspendre le geste d'éteindre la lumière, non parce que c'est arrivé, mais parce que ce qu'elle raconte est plain de pauses et d'erreurs... C'est très ingénieux, et ça prouve que Feyder sait être là quand il faut, sait avoir de jolies idées de mise en scène. Notons aussi qu'il est très bon pour planter une atmosphère : la journée ensoleillée au tennis, par exemple, ou la fameuse nuit du crime complètement chargée de moiteur érotique en même temps que d'électricité. The Kiss est donc une très grande satisfaction de fêtichiste gretagarbique tout autant que d'amateur de mise en scène efficace. Côté récit, c'est vrai qu'on reste dans le banal ; mais qu'importe, du moment qu'on a la Garbo ?   (Gols - 25/12/10)

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Posté par Shangols à 11:50 - - Commentaires [3] - Permalien [#]



Commentaires sur Le Baiser (The Kiss) (1929) de Jacques Feyder

    Garbo Divine pour toujours

    C'est vrai que Garbo la Divine est...Divine dans "Le Baiser" de Feyder. Cette allure, ce visage à la fois triste, joyeux, enfantin, mûr, tout simplement inoubliable. Son jeu d'actrice sobre, profond et son magnetisme nous hypnotisent. Aucune actrice ne me touche autant que Garbo à la fois dans le muet et le parlant. Parmi ses muets j'adore également "La Chair et le Diable" de Clarence Brown, le film qui la véritablement lancé aux Etats-Unis, avec son partnenaire préféré John Gilbert, "La Belle Tenebreuse" (The mysterious Lady" de Fred Niblo ou elle est divine de sensualité et de naturel et surtout "Intrigues" (Woman of Affairs" de Clarence Brown où elle est réuni à nouveau avec John Gilbert. Dans ce film, injustement méconnu en France (qui fut projeté cet été dans le Festival International du Film de La Rochelle qui a consacré une rétrospective des films muets de la Divine) Garbo se surpasse et y donne, à mon avis la plus grande interprétation de toute sa carrière à côté, bien évidemment, de son inoubliable Dame aux Camélias dans "Le Roman de marguerite Gautier "de Cukor. En plus, ce film porte les fruits de sa première et fructueuse collaboration avec le couturier Adrian qui désigna les costumes de tous ses films. C'est là dans "Intrigues" où Garbo porte pour la première fois le célèbre trench coat et le chapeau cloche d'une manière inoubliable.

    Posté par Nakis, 25 décembre 2010 à 14:53 | | Répondre
  • programme Greta

    Merci, Nakis, pour ces pointus conseils. Les films dont vous parlez sont déjà chroniqués dans ce blog, à l'exception du Cukor, sur lequel Shang ou moi devrions vraissemblablement nous jeter un de ces quatre. M'avez l'air d'être un sacré fétichiste gretagarbique, vous aussi, coquinou.

    Posté par Gols, 25 décembre 2010 à 19:00 | | Répondre
  • Garbo Divine

    Oui, c'est vrai je suis un sacré Garbomaniac dans le vrai sens du terme. Une véritable folie pour la Divine! J'essaie aussi dans la mesure du possible de suivre l'actualité sur elle, ce qui m'a conduit de faire pas mal de voyages en Finlande, en Allemagne, en Irlande, en Italie, en Belgique, en Suède dans le cadre de festivals ou expositions consacrés à Garbo surtout en 2005 à l'occasion de son centenaire. En France les hommages, sont, malheureusement, et d'une manière curieuse, beaucoup plus rares, voire inexistants. Étrange aussi et impardonnable que la Cinémathèque Française ne consacre aucune de ses rétrospectives à la Divine! Une exception notable, l'été dernier à La Rochelle, une splendide rétrospective de ses films muets.
    J'ai vu aussi après avoir publié mon premier commentaire vos chroniques très intéressants, par ailleurs, à la fois sur "Intrigues" et "La Chair et le Diable". Merci et à bientôt.

    Posté par Nalis, 25 décembre 2010 à 19:09 | | Répondre
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