Après le gars Jacques, j'ai décidé de me pencher, par curiosité, sur le gars Maurice, son pater. On est dans le bon vieux cinéma français d'avant..., ah ben non, de "pendant la guerre" - avec ces personnages de Français moyens truculents et méfiants - la séquence d'ouverture dans le chalet - qui vont devoir faire face à un mystérieux personnage leur contant sa troublante histoire. Adaptée d'un poème de Nerval, il s'agit ni plus ni moins d'une variation sur le mythe de Faust avec cet homme, Pierre Fresnay, qui vend, en plus de son âme, sa main gauche au diable... Il n'a pas de succès ni dans ses amours, ni dans ses affaires - il est artiste peintre - et il va céder à la tentation en achetant pour un sou, à un restaurateur en quête de "rachat", une boîte magique. Dans la dite boîte se trouve une main animée - je vous laisse découvrir l'extraordinaire effet spécial qui ferait rire un gosse -, qui va permettre au gars Pierre de connaître la réussite immédiate avec tout ce qu'il touche - femme, peinture, business... Au bout d'un an un petit homme diabolique - oui, justement - lui donne l'occase de "racheter cette main", il hésite longuement avant de finir... par s'en mordre les doigts...

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Les dialogues nous ressortent dans le désordre les douze mille expressions françaises avec le mot diable - ça en fait, c'est un peu lassant aussi à force -, le réalisateur a parfois un peu de mal à jouer sur la dimension fantastique et réaliste (on aurait gagné à ne pas savoir, ou au moins à ne pas voir, ce qu'il y a dans la boîte ; de même les anciens possesseurs de la main, lors d'une séquence vers la fin, sont beaucoup plus inquiétants et convaincants avant de tomber leur masque de carnaval : leur la_main_du_diable_7261_Lpetit côté "gouailleur" tombe méchamment à plat - le récit de leur passé fait, quant à lui, preuve d'une belle créativité avec une grande économie de moyens ; la séquence chez la chiromancienne qui étudie la main de Pierre et recule d'horreur est, elle,  parfaitement réussie pour traduire toute la dimension infernale de la chose), et l'on suit ce récit un peu le cul entre deux chaises : d'un côté une mise en scène souvent un peu poussive (du "cinéma de papa...", ben oui, au moins littéralement), de l'autre des personnages relativement bien dessinés (ce petit vieux, un éternel petit sourire "malin" aux lèvres, qui a le don d'apparaître à tout bout de "champ" ; le personnage d'Irène, compagne de Pierre, délicieusement doucereuse et vénale ; un Pierre Fresnay, bien trop naïf, qui se fait complètement "posséder" et réagit bien tardivement ; cet attroupement disparate regroupé dans le chalet (personnages forts en gueule et po vraiment courageux...), qui fait corps contre l'inconnu)) ou encore des décors et un jeu sur les ombres (le personnage de l'Ange) qui marquent des point notamment dans le final. Un film de Maurice sorti en des temps troublés gentiment troublant. Le fiston, beaucoup plus "tranchant" dans le genre, continue d'avoir tout de même notre préférence...    

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