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Disons-le tout de go, Pierre Granier-Deferre a révolutionné formellement le cinéma des années 70. Non, je déconne, j'ai peur que Gols ait une attaque, rien que de voir Granier-Deferre, il a du perdre douze minutes de vie. Oui, bon, voilà, je voulais montrer ce film à ma tendre et douce, comme exemple de ce que la vie conjugale peut produire de pire... On peut pas dire sinon, franchement, que le film a "mal vieilli" vu qu'il était déjà vieux quand il est sorti. Bon sorti de là, qu'est-ce que je pourrais bien dire pour ne pas m'embourber ? Gabin et Signoret sont donc totalement en free-lance pour s'envoyer les pires vacheries et faire des têtes de six pieds de long. Les deux instants cruciaux, quand la Simone flingue le chat - que Clémence Bouin brûle en enfer - et que le Jean retourne finalement à la casa pour lui dire qu'il ne lui adressera plus jamais de la vie la parole - promesse que Julien Bouin tiendra pratiquement jusqu'au bout ("Clémence, Clémence"... trop tard, elle est en train d'expirer, ciel !), continuent de me faire froid dans le dos malgré la "poussivité" infernale de la chose. Pourtant, au niveau du langage visuel métaphorique, Granier-Deferre fait dans la grande finesse : on assiste pendant de longs, longs plans à la destruction des baraques alentour, et moi je dis que leur amour, entre les deux Bouin, il est po loin de la ruine... Et ce même si, même si, malgré toute cette haine, toute cette rancoeur, ils éprouvent encore le besoin de vivre ensemble : c'est même plus de l'amour vache à ce niveau-là, juste de la fidélité méga-rance (le coup des verrous à chaque placard, c'est quand même fumasse). Granier-Deferre, notre réalisateur chéri, tente même le coup ultra audacieux du ralenti, eh ouais, quand le Jean balance un petit papier sur les genoux de la Simone - on sait tous que John Woo s'en inspirera pour The Killer et c'est po rien... Bon ben voilà, c'est clair qu'au niveau de la mise en scène, n'importe quelle représentation d'Au Théâtre ce Soir passerait pour être aussi innovante que du Beckett, et je ne parle point des décors (de Roger Hart ?) ou de la musique de Sarde aussi triste et déprimante que de vieux escaliers en bois qui craquent mollement. Pierre Granier-Deferre fait sa grande entrée sur Shangols, Gols est en deuil, Shang miaule de rire. (Shang - 18/12/10)

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Gols venait à peine de quitter le deuil qu'il fut lui-même conduit à revoir ce film, poussé par un cinéphile lui assurant que "naaan, tu verras, y de bonnes choses là-d'dans". On y revient donc, masochistement, et j'affirme derechef que voilà le machin le plus chiant de la Terre. Plus téléfilmesque qu'un téléfilm, plus laid qu'un épisode de Navarro, plus poussif qu'une émission de l'ORTF, ce film ne méritait qu'une chose, enfin deux : Simone Signoret et Jean Gabin. C'est bien fait pour sa gueule : les deux acteurs sont tout simplement à chier, pas dirigés puisqu'il s'agit de deux stars, rivalisant de cabotinage pour montrer lourdement leur désarroi à un public pris pour un crétin dans son ensemble. Granier-Deferre souligne tout, de la symbolique de son contexte social (le monde s'écroule autour du couple immuable, ne peut-on y déceler une allégorie ?) aux situations (on ne croit pas une seconde à ce couple qui ne se parle plus et se claque les portes au nez comme si l'autre n'existait plus), de sa musique (glauques et moches notes jazzouillantes tristes comme la pluie du dimanche) à son scénario (qui vient de Simenon, hein, on n'est pas non plus chez Faulkner). Admettons que quelques plans sont un peu plus sentis, comme ce premier sur la maison du couple, bâtisse littéralement coupée en deux au milieu des travaux, ou comme ces cadres fixes au ralenti sur les éboueurs, décrochages assez effrayants dans leur lenteur. Le reste est désolant, saccagé par une écriture au marteau-piqueur et une absence de regard vraiment incroyable. A l'image de son couple maléfique, on dirait que la conception du cinéma selon Granier-Deferre n'a pas bougé depuis Marcel Carné, qu'il n'y a pas eu mai 68 (une très vague allusion dans un journal, et on retourne à nos pantoufles) ni la Nouvelle Vague (incroyable de voir que ce film est réalisé plus de 10 ans après elle). Du cinéma de pépé, ringard, nul et moche.  (Gols - 19/12/15)

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