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Si l'on est familier avec le "prix", on l'est moins avec l'oeuvre du gars Louis. Atmosphère de petit bar marseillais avec ces joueurs de cartes qui boivent comme des trous, ces étranges individus esseulés qui semblent ne plus rien attendre, ces donzelles qui guettent on ne sait quoi... On ne sortira point de ce lieu si ce n'est, au départ, avec de brefs inserts de plan sur l'arrivée d'un bateau au port et, par la suite, par l'usage de flashs-back subtilement amenés - on a certes paumé les intertitres, mais l'ensemble reste tout à fait "lisible". Une jeune femme derrière le comptoir - dont le compagnon actuel est apparemment le tenancier du bar (vue la grimace qu'elle fait en sa direction, elle ne semble guère le porter dans son coeur) - évoque son ancien amant, marin, à l'une des clientes de passage. Une armada de marins déboule ensuite et on ne tarde point à siffler une brochette de gazelles du coin qui arrivent illico. Petit round d'observation, et hop, celles-ci se retrouvent en un clin d'oeil sur les genoux de ceux-là. Nos marins qui reviennent d'Orient déballent de leur sac leurs souvenirs - animaux, kimono, ombrelles, statues...- et entraînent les gorettes dans la danse.

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La jeune femme se rapproche de son marin, l'ancien amant qui fait partie de cette troupe fraîchement débarquée, et ce dernier évoque sa rencontre, voire son mariage (?), lors de son dernier voyage, avec une Asiatique... Elle fait forcément la moue, mais ils se rabibochent rapidement quand il l'invite à danser. S'en suivra une grosse bagarre (le marin prend à parti un client saoul qui ennuie une jeune cliente - qui se traîne bizarrement par terre... - avant que le tenancier se jette sur lui) au cours de laquelle notre marin perdra la vie... Les flics viennent cueillir la jeune femme (ah !) puis la jeune cliente vient se saisir d'une fleur sur le comptoir... Une ambiance qui ne prète guère à rire avec ces personnages qui semblent traîner leur infinie tristesse, jusqu'au climax - méga baston - qui se termine en tragédie. On ressent dans ce court, très joliment construit, à la fois une évidente énergie - ces couples d'un soir qui s'échauffent autour d'une table puis sur la piste - mais également, notamment lors dans ces gros plans très expressifs sur ces personnages "à quai", une bonne dose de mélancolie. Le final se charge d'une inattendue petite pointe de poésie comme pour adoucir subtilement cette subite fièvre, cette montée de violence lors des différents réglements de compte. Une initiation à l'oeuvre de Delluc qui donne forcément envie de découvrir le reste. A tout prix.   

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