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C'est le 12 Mai 2008, à 14h28, qu'eut lieu le grand tremblement de terre du Sichuan. Du Haibin construit son documentaire en deux parties avec des séquences tournées 10 jours après puis revenant sur place au bout de 7 mois. Il est clair, dès le départ, que le documentariste chinois n'est po là pour servir la soupe au gouvernement, essayant plutôt de capter les failles dans le système de reconstruction ou le mécontentement des victimes... Le seul problème, c'est qu'on a bien du mal à voir ce que le gouvernement a justement réalisé (il est question d'un village "témoin" : pour le reste des reconstructions, on reste dans le flou) et surtout quelle est la proportion exacte des gens, victimes du séisme, qui se sentent totalement oubliés par les aides (on voit bien certaines personnes vivant encore, sept mois après, dans des tentes, ou encore deux trois vieux qui poussent un coup de gueule face caméra parce que personne ne leur a filé de couvertures chauffantes, mais bien difficile de mesurer le nombre de gens qui se sentent totalement lésés dans image_20091216_luprglmhttlb2hcxcd0k_t_h480l'histoire)... On a souvent l'impression que Du Haibin balade sa caméra sans avoir de plan préétabli, captant un peu à la volée certaines réactions ; pourquoi pas, sauf que sur les deux heures du montage final, nombreux sont les temps morts qui n'apportent po grand chose. Qu'est-ce qu'il en reste ? La figure fantomatique d'un jeune gars, qui ne semble plus avoir toute sa tête, qui erre dans la ville dévastée, les "profiteurs" du tremblement de terre qui se ruent à l'assaut des décombres pour en extraire le fer et le revendre dans la foulée, deux séquences particulièrement émouvantes (l'une montrant une famille visitant l'école où leur fils est mort, l'autre une femme totalement en pleurs qui se met à genoux devant un temple dévasté), les réflexions quelque peu amères de personnes qui jugent insuffisante l'aide de l'Etat (bien aimé la banderole en blanc sur fond rouge un poil propagandiste : "J'ai reconstruit ma maison tout seul, ceux qui ne comptent que sur l'Etat sont des feignants"... pas facile de construire une baraque avec ses petits doigts, quand même), une ultime scène sur la fin, sur les lieux proches de l'épicentre du tremblement de terre, montrant que le tourisme peut définitivement profiter de tout (Du Haibin a la bonne idée de nous montrer uniquement ceux qui vendent - cyniquement - des photos et non le site lui-même), c'est un peu tout ce qu'on garde de ces images glanées au feeling... Si le réalisateur est toujours prêt à laisser les gens s'exprimer librement, difficile de savoir dans quelle mesure son montage final est vraiment objectif - une seule personne est montrée in extenso faisant des louanges sur le Parti, mais on se demanderait presque s'il ne fait pas ça, lui, par excès de zèle, sachant qu'il est filmé... Il y a des mécontents, ok, bon, c'est dit, mais on en saura guère plus sur le fond des problèmes, voire sur les éventuelles personnes qui ont profité du tremblement de terre ; on y fait de vagues allusions, et pis basta... Courageux dans son principe, un peu superficiel à l'arrivée.

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