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Franchement, j'ai aimé Machete. Mais d'un plaisir assez coupable, un peu comme quand on regarde une série à la con à la télé : on sait que c'est fait par des crétins, on sait qu'on nous prend nous-mêmes pour tels, mais c'est tellement débile qu'on trouve ça drôle. Toujours aussi tarantinesque, Rodriguez nous sert une nouvelle fois un machin Grindhouse qui cultive le mauvais goût et le vintage comme un art majeur. Ca devient un peu lourd à force, mais on est bien obligé de constater qu'une nouvelle fois, ça envoie méchamment du steak. On réunit une bande de gueules cassées (Danny Trejo, aussi expressif qu'un plat de lentilles ; Steven Seagal, qui fait ainsi une entrée triomphante sur ce blog ; Don Johnson, qui ne joue rien ; même de Niro, en caution cinéphile, franchement sous-employé), on leur adjoint quelques bombasses en mini-jupes ou portes-jaretelles ou les deux (Jessica Alba et quelques-uns de ses clônes, j'ai été incapable de différencier les différentes filles du casting), et on envoie la sauce. A savoir des hachages de compères, des explosions de têtes, des bagarres à coups d'objets coupants de toute sorte, des cascades en chopper, et en général tout ce qui fait jaillir du sang dans un bruit d'enfer. De l'action, il y en a, rien à redire là-dessus, et de la belle et bonne, les scènes de fight marquant très clairement des points : très chorégraphiées, super fun dans le gore, elles vont au bout du bout du grand n'importe quoi, entre parodie 8ème degré et hommage bas-du-front à un genre que Rodriguez, on l'espère, est le dernier à respecter encore (le film d'action bourrin et con comme une passoire).

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Ca suffit bien au plaisir du bazar : la régression adolescente a des délices. On est bien embêté quand même d'apprécier certaines inspirations vraiment douteuses (les femmes-objets, la complaisance complète pour la violence), mais on jubile en attendant de voir comment Rodriguez va nous surprendre à la scène suivante. Machete est un film profondément sincère, et Rodriguez semble vraiment aimer le genre, sans poses. Il pousse l'inconscience formelle jusqu'à son point culminant, ne se gène pas pour filmer une scène de crucifixion dans une église, une bonne soeur qui sort des fusils à pompe de sous sa robe de bure (au ralenti, of course, sinon c'est pas assez affreux) ou une fille à poil sortir un téléphone portable de son... oui, de son, avec un ajout de bruit humide d'un raffinement certain. On est affligé, et on se marre comme des idiots, ce qui est bien le but : nous retransformer en idiots bouffeurs de pop-corn émettant des borborygmes, et rejoignant ainsi l'essentiel de l'esthétique de ce film.

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Comble du n'importe quoi : Rodriguez se pique cette fois de faire de la politique. Il s'y montre aussi fin analyste que le Tarantino de Inglourious Basterds. Il "parle" ainsi des problèmes d'immigration aux States, et du problème des Mexicains illégaux. Le scénar se résume en un combat entre les bons -Mexicains, donc- et les méchants -ceux qui n'en veulent pas, entendez les politiques, la télé, les flics, et tous ceux qui ne sont pas mexicains. C'est d'un manichéisme qui ferait passer le courant alternatif pour la gamme des rouges chez Van Gogh (vanne reprise des Inrocks, ndlr). Ca donne des dialogues monosyllabiques dans le meilleur des cas, ridicules dans le pire ("Il y a la loi, et il y a le bien. Moi, je suis du côté du bien"). Mais Rodriguez, lui, est convaincu de son bon droit, et en profite d'ailleurs pour élargir à toutes les formes d'oppression opérée par les States sur les immigrés de toute sorte, et sur les étrangers en général (il y a des allusions au western, voilà pour les Indiens ; au terrorisme islamiste, voilà pour l'Afghanistan). Je ne vous promets pas que vous en sortirez avec la solution à votre dernier chapitre de thèse sur l'immigartion aux USA, mais là encore c'est fait avec une telle inconscience de sa propre crétinerie que ça force le respect. Humour ou immaturité complète, on ne sait pas trop. Ce qui compte, c'est que Machete est un truc qui donne du plaisir à bon compte, et que, si on peut demander plus au cinéma, on peut aussi se contenter de ça de temps en temps. Manquent une mise en scène qui ne soit pas qu'un copier-coller de référence, des acteurs employés pour autre chose que leurs cicatrices ou leurs gambettes affriolantes, et quelqu'un au scénario. Ah oui, manque pas mal de trucs, c'est vrai, maintenant que vous le dites.

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