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Ce premier volet de la trilogie (suivront Ceux de chez moi en 73 et Mon Retour en 78) est loin d'être d'une gaité folle au niveau du fond (le gamin Jamie ferait presque figure de Cosette écossaise) mais impressionne par son sens du cadre et surtout de l'image, une image qui finirait presque par faire penser à des tableaux réalisés au fusain (incroyable grain gris cendré...). Même si c'est pas la joie dans le foyer du chtit Jamie qui (sur)vit aux côtés de son grand frère et de sa grand-mère, les vignettes que Douglas nous conte ne sont jamais exemptes d'humanisme, et nous permettent plus d'éprouver de l'empathie pour les personnages que de nous apitoyer sur leur sort. Alors, bon, c'est vrai qu'au niveau youplaboum voilà du pain d'épice, on a fait mieux : le père de Jamie est absent - il se terre dans une maison voisine auprès de sa protectrice de mère - et sa mère est, elle, enfermée dans un asile ; son grand frère - de lait -, Tommy, n'est guère mieux loti : mère décédée, père aux abonnés absents. La grand-mère tente tant bien que mal de veiller sur eux, mais vu que la pauvre, enfermée dans son malheur, n'est guère gaillarde, les deux enfants se retrouvent le plus souvent livrés à eux-mêmes. Les petites satisfactions quotidiennes sont peu nombreuses : quand le père de Tommy fait une soudaine apparition à son anniversaire et lui offre un serin (à vue de nez), c'est d'abord la grand-mère, revancharde, qui s'attaque à la cage avant qu'un chat noir le bouffe... Si Jamie trouve, lui, une certaine affection auprès de ce prisonnier de guerre allemand qui travaille dans les champs, ce dernier ne tarde pas à disparaître, rentrant dans son pays...

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Bref, c'est un peu le marasme, et quand un jour les deux bambins retrouvent la grand-mère morte sur son fauteuil, on se dit que c'est le bouquet, en se resservant un verre de rhum pour encaisser. Pas le genre de film à mettre sous les yeux d'un type au bord de la dépression, certes, mais visuellement, on en a pour notre argent : qu'il s'agisse de filmer un enfant jouant avec la fumée d'un train qui s'engouffre sous un pont en fer, de capter en gros plan l'expression butée de ses personnages ou de montrer la simple traversée d'un champ par la grand-mère accompagnée de l'un de ses petits-fils, à chaque fois Bill Douglas capte avec grâce ces quelques instants de vie et nous livre quelques plans d'une beauté vertigineuse : ce sens évident de l'esthétisme, loin d'être putassier, parvient à sortir l'histoire de tout véritable misérabilisme et ce d'autant que le cinéaste parvient à donner une étonnante profondeur à chaque individu (en une poignée de plans, le personnage de l'Allemand notamment, loin d'être pourtant à la fête, est capté dans toute sa grandeur de coeur). On se fera forcément une joie, tout en sachant que ce ne sera sûrement pas la fête du slip écossais, de découvrir les deux volets suivants.