bas_fonds_1957_02_gUn ratage dans l'oeuvre de AK, c'est assez rare pour le mentionner. Les Bas-Fonds ne satisfait ni l'oeil ni l'esprit, et quand on repense à ce que Renoir avait fait avec la même pièce, on soupire devant l'échec avéré de l'entreprise kurosawanienne. Akira se heurte de plein fouet avec la théâtralité : choisissant de jouer sur les deux tableaux, réaliste et artificiel tout à la fois, il ne choisit rien. Autrement dit : il est prisonnier dans la convention théâtrale, une seul lieu, une progression dramatique très écrite et toute de convention, un jeu d'acteurs destiné à un public lointain. Il voudrait passer par-dessus cette grammaire théâtrale pour faire quand même cinéma, c'est-à-dire mouvements de caméra, existence du hors-champ, etc. Mais le fait qu'il soir ainsi le cul entre deux chaises enferme complètement le film dans une sorte de non-style qui surprend de la part du maître.

Son décor, même très fouillé, même joliment complexe, est trop petit pour que AK puisse déployer ses mouvements lyriques habituels. La caméra ne cesse de se cogner aux murs de cette pension pour pauvres, et échoue complètement à rendre compte du lieu : on est très vite perdu dans l'espace, on ne repère pas les différents lieux occupés par la foule de personnages, et ce trouble handicapera le film jusqu'au bout. C'était LowerDepthsPic4le principal challenge, et il est raté. Enfermé dans cette convention théâtrale qui le restreint, le texte de Gorki peine lui aussi à trouver sa plénitude : les acteurs sont inégaux (la distribution féminine est outrancière, par exemple), et même notre Toshiro Mifune semble s'assoupir dès lors qu'il ne peut pas déployer son jeu hyper-physique habituel : personnage fade malgré la jolie ambiguité de ses sentiments, il est quasi transparent. On s'ennuie pas mal, peut-être parce que Kurosawa a refusé la coupe, peut-être parce qu'il utilise cette pièce pour développer encore plus son amertume habituelle : tout est fermé là-dedans, on ne trouvera aucune des notes d'espoir imaginées par Renoir, les personnages semblent déjà condamnés d'avance, sans possibilité de progresser. Du coup, ils sont d'un bloc, archétypaux, chacun dans sa case (l'acteur alcoolique, le samouraï mythomane, le sage, etc.) En privant son histoire de toute échappatoire, Kuro fait une erreur, et se vautre dans une complisance proche de la déprime, qui ne fonctionne pas avec ce texte. Bref, une mise en scène étriquée, une lecture du texte sans nuance, un très petit Kurosawa pour cette fois.

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