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John Dos Passos signe l'adaptation du roman de Pierre Louÿs et permet, sous le regard d'un Von Sternberg toujours aussi charmé (il signe lui-même la photo du film), d'offrir à notre amie Marlene Dietrich un rôle de salope absolue. C'est une nouvelle fois un festival de décors somptueux (on retrouve, comme dans Dishonored, d'extravagantes séquences de carnaval qui servent de toile de fond à une bonne partie du film), et la possibilité pour Marlene de changer de toilettes avec la même rapidité qu'elle change d'amants. Celle-ci minaude, roule des yeux, boude, a la bouche en coeur - Arielle Dombasle lui a honteusement pompé toutes ses attitudes de chatte séductrice -, elle s'en paye une tranche, en un mot, pour se jouer des hommes avec la même facilité qu'un jongleur avec quatre pommes. Plus un homme la repousse, plus elle tisse sa toile autour de lui, plus un homme l'aime, plus elle parvient à lui glisser entre les pattes : c'est classique, mais c'est assez jouissif de voir à quel point ces hommes (les deux personnages principaux en particulier, l'un militaire, l'autre révolutionnaire), qui se prennent on ne peut plus au sérieux, se font manipuler avec la même facilité qu'un gant en latex. Magnifique oeuvre foisonnante - douze mille figurants, trente tonnes de confettis, deux casernes de pompiers pour faire la pluie - où la divine Marlene fait forcément des ravages.

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Un regard lancé derrière un masque, un doigt mutinement posé sur la bouche, cela suffit en général à Concha Perez pour faire craquer le moindre mâle à deux cents mètres à la ronde. Antonio Galvan qui a piqué son masque à Zorro pense déjà à sa prochaine conquête (elle lui a fixé un rendez-vous le soir-même, la bougresse) quand il croise par hasard son ancien pote, la Capitaine Don Pasqual. A peine a-t-il prononcé le nom de Concha que l'autre se fait un devoir de le mettre au jus : long flash-back sur plus de la moitié du film, le temps pour Pasqual de raconter à son ami dans quelle mesure cette troublante femme l'a pris pour un jambon ; il a eu droit à tout : le numéro de charme avant celui de la vierge effarouchée, la thune dépensée à flot, l'amant de la belle (un toréador, putain, la honte) qui apparaissait toujours quand il pensait enfin avoir une "ouverture", la séparation, puis à nouveau le numéro de charme... Bref, elle a tellement joué avec ses nerfs que notre Pasqual a fini par craquer et l'a même frappée un jour comme un sauvage : c'est mal, oui, mais pensez-vous que cela l'aurait calmée, la Marlene ; que nenni, dès le lendemain elle venait roucouler chez notre homme qui s'était juré de ne "plus jamais" la revoir... enfin plus jamais, une dernière fois alors, ou l'avant-dernière. Humilié jusqu'au trognon, le Pasqual. Son récit fait un effet boeuf à l'Antonio, bien décidé à mâter la belle... Enfin jusqu'à ce qu'il recroise son regard et réponde à son invitation. Il aura la surprise, dans la foulée, de retrouver Pasqual toujours au pied de la belle (pauvres mâles dont la queue est décidément toujours entre les jambes...) et ira jusqu'à provoquer en duel son grand pote. Un pantin, deux pantins...

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Marlene pousse un moment la chansonnette, évoquant trois amants avec ces paroles : "He is a son of a..." avant de balancer un métier (fermier, boulanger...); difficile de ne pas se dire que la chanson lui va comme un gant tant elle collectionne les aventures (de préférence avec des types aux allures de gros macho) avec la même facilité qu'une "son of a..." - ouais, un autre métier. Elle les roule comme les petites cigarettes de la fabrique où elle travaillait, les retourne comme les cartes avec lesquelles elle joue, les considère avec le même air hilare qu'un masque de carnaval ; on assiste à une véritable mascarade de nos amis les mâles qui, lorsqu'ils prennent une décision ferme (après une séquence où les badauds tombaient les masques), ne sont pas capables de faire autre chose que de... se provoquer un duel - oublier à jamais une femme, plus dur. Une splendide scène de duel, justement, sous des trombes d'eau (nos hommes humiliés et humidifiés) qui tourne au cauchemar : comment parvenir à flinguer son meilleur ami pour une femme qui n'est ni la sienne, ni la vôtre... Marlene, elle, a à peine le temps de faire la moue, qu'elle prépare son prochain coup. Comme les loups, les voiles, les chapeaux qui cachent son visage, elle se dérobe aux hommes avec une facilité déconcertante : on assiste à un "défilé" de mâles de carnaval (du militaire au révolutionnaire en passant par le toréador ou le gouverneur) plus ridicules les uns que les autres derrière leurs grands airs de pseudo-séducteurs. Von Sternberg leur taille un costar en deux temps trois mouvements - une mise en scène toujours au cordeau en particulier lors des séquences de foule - et laisse un nouvelle fois la reine Marlene mener le bal. Diaboliquement réussi et jubilatoire...          

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