5138_tournee_20de_20mathieu_20amalric_202010Je comprends bien que s'inscrire dans la tradition du cinéma français contemporain, c'est être obligé, à un moment ou à un autre, d'en passer par le tirage de gueule et la dépression à outrance. Mais dans le cas de Mathieu Amalric, ces passages obligés deviennent de la pure amertume cynique assez gavante ; pour tout dire, Tournée est très décevant, déprimant, fermé dans tous ses choix. Je ne sais pas trop ce qu'Amalric a voulu faire ; mais il le fait avec un regard sur le monde, sur la vie, sur l'extérieur, sur l'intérieur, qui est un appel au suicide collectif. Je suis ressorti de là avec l'impression que la vie était une chienne, batarde qui plus est ; ce en quoi je suis plus ou moins d'accord, entendons-nous bien ; je veux juste qu'on ne me l'impose pas avec tant d'application.

Certes, le film évite complètement l'écueil principal : le bon sentiment, le regard humaniste oecuménique qui aurait tout gâché. Mais il tombe dans l'excès inverse : dans le monde d'Amalric, tout est laid, les gens, les paysages, la vie, les jours, les nuits, les stations service, Paris, le music-hall, la télé, les enfants. A force de se vautrer dans sa vision glauque du monde, il finit par tomber dans une roublardise qui apparaît très peu tournee_mathieu_amalricsincère. Passe encore qu'il se donne le rôle du loser de service, il est habitué à ce genre d'emploi ; passe aussi qu'il considère l'ensemble du système à l'avenant, à savoir un univers vénal, trivial, moche et dépressif. Mais qu'il peigne systématiquement tout dans ces couleurs ternes, jusqu'aux filles strip-teaseuses qu'il voudrait pourtant follement humaines, ça passe moins. Son regard sur elles est misérable, à la limite du condescendant : elles baisent dans des chiottes sales avec des éjaculateurs précoces, jacassent comme des poules dans des hôtels minables, et même leur show (pourtant rigolo) est filmé comme un spectacle roumain de fin de soirée à la vodka. Brrr. L'excès des personnages, qui prouve que quand Amalric n'est pas dirigé, il tombe dans la facilité de son personnage tout tracé, n'arrange rien : aucune de ces scènes n'est crédible, des séquences parisiennes où le personnage tente de retrouver les gens qui l'ont lâché jusqu'à celles des enfants, pour le coup affreux diablotins sans épaisseur filmés avec une pauvreté inquiétante. Trop dialoguées, trop hystériques, trop disposées comme faire-valoir du jeu d'Amalric, elles ne servent qu'à enfoncer un peu plus le film dans un éloge de la déprime en milieu moderne. Malgré quelques passages un poil plus lumineux (très très rares), on assiste à un vautrage complaisant dans une vision glauque de la vie. Ratage. (Gols - 02/08/10)


Je ne me rappelais plus avec quelle vigueur l'ami Gols avait descendu ce film... Et le pire, c'est que je serais bien en mal de lui donner vraiment tort. Au bout d'une heure de film, j'ai commencé à foncièrement m'inquiéter sur ce que le gars Mathieu essayait vraiment de faire. Si les femmes ont des formes rebondies, nul rebondissement à attendre au niveau du récit, si les femmes se donnent en spectacle en dénudant leur corps, que la chair est triste au-delà de la scène. Difficile de ne point compatir, d'une certaine façon, avec cette caissière de supermarché terriblement déçue par la réalité : j'attendais beaucoup du gars Amalric avec cette oeuvre hors des sentiers battus, et j'en ressors avec un sentiment de complaisance terrible dans la tristesse, le malheur, l'égoïsme du personnage... Même le final, dans cet hôtel désaffecté, où le personnage qu'il incarne semble enfin s'intéresser aux autres, sonne creux, glauquissime. Si Amalric réalisateur sait capter avec une belle spontanéité de petites tranches de vie prises au hasard, il choisit toujours les moments les plus haineux (sa dispute avec son frère ou le metteur en scène interprété par Grimblat), les plus vides (ses relations avec ses gosses), les plus amers (sa façon de balancer des critiques à sa comédienne blonde rotonde), les moins lumineux (le film). Il traîne son désespoir de type solitaire avec des pseudo-éclairs d'ironie comme s'il s'agissait d'une figure imposée, et on finit terriblement las de ces constantes postures. Prix de la mise en scène à Cannes, encensé par la critique... on est au moins deux à penser que c'est un film qui a mal tourné...  C'est une moindre satisfaction, mais c'est au moins quelque chose qui rassure... (Shang - 29/11/10)

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