19518284_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100930_125809Ce qui était bien dans Steak, c'est que Dupieux ne savait pas encore qu'il était bon ; il avait réussi son film presque malgré lui, "par défaut". Aujourd'hui, c'est pleinement conscient de son génie décalé et fashion qu'il propose Rubber, et du coup eh bien c'est nettement moins bien. Non pas que ce soit complètement inintéressant : il y a une vraie personnalité dans ce film de série Z, qui raconte (quand même) l'odyssée d'un pneu tueur. On ne peut pas dire que Dupieux n'ait pas un ton à lui, et il réussit encore très bien certaines séquences qui reposent sur une espèce d'humour à froid, presque pas drôle, qui avait fait d'ailleurs la réussite de son précédent film. Longues scènes de dialogues creux, qui ne deviennent drôles que par leur longueur, par leur vide, par ce petit ton absurde et poétique que la mise en scène instille doucement. Poétique, voilà, c'est ça, le mot est juste : il y a un poète derrière cette historiette. Et parvenir à une telle douceur dans un plan comme la naissance à la vie d'un pneu, ça n'est pas donné à tout le monde quand même. On sent que derrière les postures légèrement malines de Dupieux, il y a un vrai univers, mélange de VHS de Spielberg, de bouts d'Henri Michaux et de bricolages à la Spike Jonze. De ce côté-là, donc, satisfaction.

19422666_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100416_124806Mais Dupieux a quand même du mal à dissimuler le vide de ce qu'il raconte. Pire, il utilise des procédés un peu lourds pour désamorcer à l'avance toute critique sur la bêtise de son scénario. D'abord une introduction pré-générique où un des personnages vient vanter les mérites du "No reason" dans le cinéma ; en substance, il y dit qu'il ne faut pas chercher une raison à tout, et se laisser aller au non-sens : on comprend que, dans ces conditions, on ne peut pas critiquer les idées parfois idiotes, trop absurdes, et que ça permet à Dupieux de filmer un peu n'importe quoi sans qu'on n'y trouve à redire. Ensuite, meilleure idée, mais un peu putassière, il fait entrer périodiquement dans son film les propres spectateurs de celui-ci : on voit une bande de ploucs américains observer le film aux jumelles, faire des remarques sur la débilité de ce qu'ils voient, avant qu'un des membres du film ne les empoisonnent pour mettre fin à la mascarade. En insérant comme ça la critique même du film à l'intérieur du film, Dupieux se dédouane de tout : oui, il sait que son film est idiot, inutile de le lui reprocher. Trop facile. Dommage que la vision très personnelle et poétique de Dupieux ne soit au service que de ce vide de propos ; on sent qu'il y a quelqu'un derrière tout ça, un regard unique, un sens du rythme étrange (qu'on sent aussi dans l'utilisation de la musique, très originale), c'est déjà bien. Mais on a eu tort de dire à Dupieux qu'il avait du talent : quand il l'ignorait, il était bien meilleur.