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Un film tchèque gothique avec l'incroyable Jaroslav Kucera à la photo (Les Diamants de la Nuit, Les petites Marguerites), et la musique inspirée d'un Lubos Fiser, je prends, d'autant que L'Incinérateur de Cadavres signé du même gars Herz, me reste en mémoire comme une incroyable expérience cinématographique. Ce Morgiana, qui dans une thématique Brune-Rousse au cinoche marquerait des points, vaut particulièrement le détour par cette atmosphère à la fois merveilleuse (ce défilé de femmes en costumes qui descendent un escalier, dediou !) et glauquissime (toute la dernière partie du film en particulier qui ressemble à un étonnant voyage au bout de la nuit) qui s'en dégage.

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Il s'agit donc de l'histoire de deux soeurs (ou de la même, définitivement schizophrénique, les deux lectures se mêlant narrativement avec art), l'une rouquine, angélique et craquante, l'autre noir corbeau, coincée et revancharde qu'interprète subtilement la même comédienne, l'étonnante et troublante Iva Janzurova. La trame pourrait se réduire à une histoire d'empoisonnement (la brune tentant de supprimer la rousse) à petit feu ; ce serait malgré tout passer à côté de l'essentiel tant le récit se révèle être un véritable festin esthétique qui doit aussi bien à la caméra constamment en mouvement d'un Kucera intenable, qu'à l'utilisation des objectifs à grand-angle traduisant la vision d'un chat siamois (Morgiana, c'est lui), à la fois narrateur de l'histoire et élément-clé du récit, qu'aux décors, costumes et maquillages soignés des héroïnes... Herz nous emmène dans une sorte de conte infernal où se multiplient les reflets dans les miroirs et les hallucinations en tout genre. Un jeu constant entre le bien et le mal, la pureté des sentiments et la jalousie, l'érotisme (les servantes-nymphettes qui se baignent) et la violence (et tiens la nymphette, prends-toi une pierre dans la nuque).

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Un véritable labyrinthe de sensations qui nous plonge dans les tréfonds d'une/de l'âme humaine. Malgré l'apparente simplicité du pitch, on pénètre dans un univers torturé et tortueux avec notre lot de personnages bienveillants (l'amant à rouflaquettes) et de silhouettes inquiétantes (la sorcière empoisonneuse et maître-chanteuse (et bonne nageuse aussi...), l'infirmière bonne-soeur aux petits sourires ravageurs (me donne encore des frissons, la bougresse, et je devine par avance mes prochains cauchemars)). Herz, sans avoir l'air d'y toucher, livre un film d'une terrible noirceur dont même l'apparent happy end finit par laisser comme un goût amer - toujours se méfier des trucs qu'on boit (et des courants d'air), je prends personne en traître. Morbleu, que ces visions herziennes (incontournable) font frémir... Le gotha du gothique.      

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