untitledQuel joyeux drille, quand même, ce Martinet. Un peu avant de se faire sauter le caisson, il nous offrait cette longue nouvelle d'un glauque total, qui ferait passer Septentrion de Calaferte pour un livre pour enfants. En quelques pages, l'auteur du déjà terrible Jérôme condense l'essentiel de ses thématiques, à savoir : le sexe crado, la solitude, la pulsion de mort, la mocheté de toutes choses, le désespoir inconsolable. Une sorte d'introduction à ses grandes oeuvres, quoi... Eh bien je dois être maso, quelque part, parce que, encore une fois, je ressors admiratif de l'écriture de Martinet. Dans cette description de l'enfer quotidien, il parvient à trouver une grâce et un humour qui transportent. Loin de s'enfermer dans une plainte vaine, il la transforme en essai caustique sur l'inanité des choses, et on se retrouve tout bête, les larmes aux yeux alors qu'on devrait avoir le coeur au bord des lèvres. On sent l'auteur en colère, à la manière des punks, dans un élan de destruction, de ras-le-bol, qui fait plaisir à voir ; mais on le sent aussi terrassé par le poids de la vie, assagi, sans élan. C'est cette valse hésitation entre récit à la Henry Miller et abandon qui fait toute la beauté de ce très court roman, qui raconte simplement les errances, renoncements, histoires de cul immondes et autres dépressions d'un gars normal. C'est furieusement drôle pour peu qu'on rie au nihlisme quand il est poussé à l'excès, d'une tristesse infinie aussi, c'est en tout cas d'une justesse de chaque instant. Un apéritif délicieux avant d'aborder les plats principaux que sont Jérôme ou La Somnolence. Franchement, l'auteur de cette phrase : "Moi je n'ai rien contre le porno. Après tout, mieux vaut un mauvais porno qu'un bon film du Louche, ou se triturer les méninges pour savoir si Romy Schneider va avorter ou pas dans le dernier film de Sautet.", ou de cette autre : "Je pensais souvent à ce cinéaste japonais, Ozu, qui avait fait graver ces simples mots sur sa tombe : Néant. Moi aussi je me promenais avec une telle épitaphe, mais de mon vivant.", un tel auteur, donc, ne peut qu'être sympathique, non ?