vlcsnap_2010_11_10_20h45m50s205C'est curieusement quand il réalise son film le plus en rapport avec les thématiques bressoniennes que Dumont est le moins bressonien. En parlant de foi religieuse, il nous offre au contraire son film le plus lumineux, le plus simple et le plus apaisé en tout cas. C'est l'histoire d'une jeune fille à la foi excessive, que les bonnes soeurs du couvent renvoient à la vraie vie histoire de modérer un peu ses ardeurs religieuses (sage conseil). Dans le monde, elle va rencontrer un jeune gars des cités, puis le frère de celui-ci qui va la conduire au seuil de l'intégrisme et du terrorisme. Sombre sujet sur le papier, mais que Dumont transforme en véritable quête de l'amour, de la sensualité, des corps. Car le cursus de Céline, plus qu'une voie vers l'apaisement mystique, la mène vers une reconnaissance de sa propre sensualité : tout mène à ce dernier plan qui, sans trop en dévoiler, est une découverte puissamment sereine de la sexualité. Il a fallu en passer par tous ces excès, tous ces dangers, toutes ces tentations troubles, pour que la jeune fille de 20 ans accepte d'être une jeune fille de 20 ans. C'est presque à une quête à l'envers que nous convie Dumont : de l'amour de Dieu, pur et dur, à l'amour des hommes, sain et franc.

vlcsnap_2010_11_10_19h26m31s227Très beau thème, que le film prend tout son temps à développer. Oui, c'est lent, hein, c'est du Dumont, parfois même un peu trop dans certaines idées de montage un peu rouillées. On peut aussi, c'est sûr, reprocher au film un schématisme un peu rapide dans le choix de son sujet (le terrorisme religieux expliqué aux moins de 5 ans, en gros). Mais peu importe : ce n'est pas la politique qui intéresse Dumont ici, ni même la morale ou le mysticisme (c'est presque le moins "mystique" des films du compère) ; ce qui l'intéresse, c'est le personnage principal, et comment elle va résoudre ce suspense prenant : se reconnaître soi-même comme faisant partie de ce monde, physiquement et moralement ? Les acteurs, comme toujours, sont parfaits, et on se dit que décidément Dumont fait partie de ces rares réalisateurs (citons Doillon, Pialat ou Kechiche, à la rigueur) qui savent extirper de non-professionnels des élans si extraordinaires de vérité : la simplicité totale du jeu de Julie Sokolowski, vraie présence mystérieuse et naïve, les micro-détails incroyables de celui de Yassine Salim, suffisent franchement à notre bonheur. Mais Dumont ne s'arrête pas aux acteurs, et déploie une mise en scène esthétiquement parfaite, dans des décors très "beaux" pour une fois (on est loin de la crasse de Flandres), qui ont à voir parfois avec le conte de fées (ces bois verdoyants qui entourent l'héroïne). Hadewijch, oui, est finalement un conte, enfin en paix avec le monde, et un nouveau grand film de la part de l'exigent Bruno Dumont.

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