vlcsnap_2010_10_24_20h40m32s119Chabrol semble avoir relu son petit Dostoïevski illustré avant de s'atteler à ce film, et nous propose une variation attachante sur la culpabilité et le besoin d'être puni pour ses actes. Dans le rôle de notre Raskolnikov national, Michel Bouquet, idéal pour endosser ce personnage obscur et "banal" de petit bourgeois torturé par le remords : lors d'un jeu érotique assez trouble, il a étranglé sa maîtresse, qui se trouve être également la femme de son meilleur ami (François Perrier). Alors même que l'enquête piétine, que rien ne rattache cette affaire à ce petit citoyen au-dessus de tout soupçon, et que même ceux qui sont au courant de son acte essayent de le convaincre de se taire, lui est irrémédiablement attiré vers la dénonciation, l'humiliation, et la punition. C'est sur les personnages que repose toute cette histoire : le bestiaire habituel de Chabrol, bourgeois dissimulant leurs turpitudes sous le clinquant des intérieurs dorés, nanti dont l'apparent bonheur sans histoire cache des tortures judéo-chrétiennes insupportables. Les acteurs sont irréprochables : Perrier en homme triste et vlcsnap_2010_10_23_23h02m21s49désabusé, assommé par la mort de sa femme, n'éprouvant plus aucun sentiment pour rien ; Audran, vraiment superbe en épouse aimante et normée qui cherche à tout prix à sauver les apparences et son mari ; Bouquet en petit mec sans envergure confronté à lui-même, et dont chaque scène est une surprise.

Pour cette fois, l'humour est mis de côté au profit d'un ton très grave, parfois à la limite du tragique dans les dialogues et la froideur de la chose : cadres hanekiens sur les décors et les ambiances de bonheur conjugal (la cérémonie de Noël filmée comme un cauchemar domestique), gros plans hystériques lors des moments plus tendus (la première scène, celle du meurtre, assez bluffante). La photo cradingue typique des années 70, la musique entêtante, la façon de filmer la nature comme une menace (splendide plan-séquence nocturne où les personnages sont quasiment effacés par l'envahissement de l'obscurité), tout participe d'une vision du monde terrifiée, où les intérieurs bourgeois sont tout aussi effrayants que la mer battue par les vlcsnap_2010_10_24_18h35m01s69vents. L'âme tourmentée de Bouquet ne peut que s'épanouir dans une telle atmosphère, et le scénario touche juste quand il s'agit de cerner un état d'esprit, un personnage, un caractère : psychologiquement correct, d'une profondeur intérieure inattendue de la part de Chabrol, Juste avant la Nuit est un beau film intelligent et parfaitement maîtrisé.