untitledFinalement, toute l'oeuvre de Kiarostami semble bien être un simple hommage au cinéma. Qu'ils soient une déclaration d'amour à l'enregistrement primal (Five), une ode à la réalité (Et la Vie continue), ou un moyen de la transcender (Le Goût de la Cerise), ses films ont toujours quelque chose à voir avec un discours sur le film en train de se faire. Et au sommet de cette théorie, Close-Up, véritable hurlement de passion envers la force du 7ème art.

C'est une histoire vraie : un homme se fait passer pour le réalisateur Mohsen Makhmalbaf et investit pendant quelques jours la maison d'une famille bourgeoise qui rêve de cinéma. Bientôclose_upt découvert, l'escroc va passer en procès : Kiarostami est là pour le filmer, l'interroger et se questionner sur la fascination qu'exerce le cinéma sur les gens. Mine de rien, cette historiette sans conséquence revient à la source-même du principe cinématographique : un homme qui raconte une histoire, d'autres qui veulent bien y croire, et c'est parti. La mise en scène du film est totalement à l'unisson de ce retour aux sources : simple et complexe à la fois, elle alterne les fameux close-up (en vidéo ?) pendant les scènes de procès et les plans larges lors de reconstitutions des faits avec les protagonistes. Il y aura même, sublime final d'une sensibilité ravageuse, une scène de caméra cachée, où le petit escroc va rencontrer le vrai Makhmalbaf et se rendre chez les gens qu'il a grugés. Une fois encore, la frontière entre réalité et fiction devient très poreuse, tout comme cette histoire elle-même : tout le monde semble être au courant qu'on est 191167291_88b0855fd2en train de se raconter des histoires, mais tout le monde joue le jeu avec sincérité. Le témoignage de ce petit mec fasciné par le monde du cinéma est vibrant d'intelligence : il voudrait "en être", entrer dans ce monde d'art qui lui est fermé, pour pouvoir exprimer sa souffrance et sa sensibilité ; le fait d'avoir été pris pendant quelques jours pour un réalisateur lui a donné confiance, l'a fait entrer dans cet univers. C'est très juste, et très beau, de voir ces petites gens obligées de se confronter avec leur vision de l'art. Ca en dit en plus beaucoup sur le cinéma iranien en particulier, sur son rapport avec la réalité, avec la rue, avec la vraie vie des vrais gens. Kiarostami écrit dans l'urgence un vibrant et humble hommage à son métier, et s'incline respectueusement devant ce public ordinaire : une entrée indispensable sur ses films plus complexes. (Gols 07/12/08)


Mieux traquer le mensonge, aller jusqu'à le remettre en scène pour être au plus près de la vérité, c'est forcément terriblement malin surtout quand c'est le gars Kiarostami aux manettes. Ce penaud Mr Sabzian a qui plus est vraiment la tête de l'emploi, maigrelet petit homme fantomatique qui se met en scène en metteur en scène (point de répétition ici les gars, juste un effet stylistique super original pour traduire ces effets de miroir sans fin) pour qu'on le remarque enfin, fasse attention à lui. On assiste à une "histoire de cinéma" dans tous les sens des termes : le personnage principal avouant s'être vraiment senti exister après la vision du Cycliste de Mohsen Makhmalbaf, et c'est en cherchant à se faire passer pour lui qu'il peut enfin se faire respecter (mignonnette et attendrissante séquence lors du procès quand il raconte l'influence qu'il pouvait enfin avoir sur les autres : ainsi sa volonté de couper des arbres pour que l'on voit mieux la maison quand il la filmerait). Magique et extraordinaire séquence finale, avec en prime cette émotion qui étreint ce pauvre Sabzian comme un gamin qui se rendrait soudainement compte de sa mauvaise plaisanterie... Bon plan, clair. (Shang 22/10/10

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