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L'ami Douglas Sirk n'a filmé que l'ouverture de ce film où l'on découvre l'héroïne gamine. Il n'a donc point eu la chance de diriger la gazelle Hedy Lamarr, véritable centre de gravité de cette oeuvre. Si l'on a un peu peur au début qu'elle se contente de ses petits airs de Sainte-Nitouche pour séduire son monde, on découvre au fil de ce film une personnalité beaucoup plus complexe et torturée.

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Elevée par un père alcoolo qui ne va pas faire long feu, la belle Hedy ne rêve que de réussir sa vie. Elle ne va point tarder à mettre le grappin sur le plus riche commerçant de la ville (torride séquence où elle montre son dos dénudé et blessé à ce vieil homme hypnotisé). Seulement la belle ne va pas s'arrêter en si bon chemin : si elle se complaît à jouer les bienfaitrices auprès des personnes les plus défavorisées - ce qui est tout à son honneur -, elle va jouer un rôle beaucoup plus dévastateur auprès de son mari et du fils de ce dernier : véritable diablesse, elle charmera celui-ci (dès la première rencontre, elle lui glisse deux baisers aux coins des lèvres qui le torpillent - sous les yeux du père encore plus hagard...) pour qu'il supprime son propre pater (véritable mante religieuse qui domine sa proie), avant de l'envoyer paître (s'en remetra po, le gars) et finira par trouver refuge dans les bras du fiancé (l'excellent George Sanders) de sa meilleure amie... Seulement sous ses airs de femme fatale qui sait minauder à la perfection pour conquérir les hommes, la jalousie et l'envie continuent de la dévorer : autant de maux qui pourraient se révéler fatals... pour elle-même. 

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Après une première partie où Hedy fait un peu la potiche, le côté obscur de sa force ne tarde point à monter peu à peu en surface : son visage se transforme à l'aide d'un maquillage de plus en plus marqué et Ulmer de nous gratifier de quelques scènes nocturnes du plus bel effet : la séquence où elle ensorcelle littéralement ce pauvre George Sanders alors que la foudre a mis le feu aux arbres parle d'elle-même ; rien ne semble pouvoir lui résister (même la caméra est sous le charme, Ulmer distillant quelques gros plans de la plus belle eau), elle mène son petit monde à la baguette et n'a finalement qu'un seul véritable ennemi : elle-même. Même si dans l'ultime séquence "dramatique" la pauvre Hedy montre un peu les limites de son jeu (c'est une opinion toute perso), cette oeuvre lui donne à n'en point douter l'un de ses plus beaux rôles. Pas de quoi s'emballer déraisonnablement, mais un film joliment éclairé qui met subtilement en lumière ce personnage rongé par ses propres ombres intérieures.    

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