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De prime abord, Black Snow, qui doit bénéficier du même budget que Jean-Pierre Mocky pour faire un court-métrage, a esthétiquement méchamment morflé... On a beau se convaincre qu'il y a 20 ans la Chine pensait que les Village People étaient une ferme collective américaine, le look de cette pauvre chanteuse (et ses deux danseurs, fichtre) ou les tenues en jeans du personnage principal - son short serré, diable - donnent l'impression que cet objet cinématographique date presque d'une autre ère. Cela dit, ce n'est pas tout à fait faux, vu qu'en 20 ans, le fameux "grand bond en avant" a fini par avoir lieu - sans son sauteur en chef - et cette Chine de 1988 (l'année du tournage) a déjà bien changé. Ces petites réserves de forme mises à part (une grande partie des films occidentaux des années 70 semblent bien aujourd'hui terriblement datés - pas ceux d'avant, heureusement (quelle mauvaise foi ?, mais pas du tout !)), Xie Fei livre un film qui finit insidieusement par faire son petit chemin dans notre coeur ; malgré un rythme qui traîne un peu la jambe, malgré l'amourette centrale terriblement désuète, malgré les symboles sur la fin un peu chargés, aucun doute qu'à travers la trajectoire de cet individu sorti tout juste de prison, Xie Fei pointe déjà du doigt tous les maux à venir de cette société chinoise qui ne va pas tarder à n'avoir qu'un Dieu : l'argent - bienvenue dans le monde du paraître et du chacun pour sa gueule, au revoir les liens familiaux et amicaux (surtout quand ils dérangent), l'entraide, la solidarité... On est pas loin de 1989, me direz-vous (on sent bien un profond malaise), mais on est surtout au début d'une autre ère politique et sociale où il va falloir apprendre à s'adapter très vite. Notre héros, lui, malgré ses antécédents - il a été mêlé à une sale rixe où son pote a poignardé un type après avoir tenté de violer son ex (glauque, oui) - semble d'une certaine façon avoir gardé une certaine "pureté". Il a payé sa dette à la société et est prêt à recommencer sa vie tout en restant fidèle à quelques principes : honnêteté (il n'est pas prêt à trafiquer n'importe quoi - notamment du porno), sincérité (il est tout godiche mais droit dans ses bottes avec la jeune fille qu'il a rencontrée), sens de l'amitié (il est toujours prêt à aider son ancien pote même quand celui-là à toute la police chinoise - environ un milliard de pékins, grosso modo - à ses trousses). Et c'est justement là que ça coince...

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Notre homme regagne donc ses pénates après trois ans à l'ombre. Il se fout la tête - ah puis le "Bai jiu" chinois c'est affreux - mais ne va pas tarder à reprendre du poil de la bête. Il obtient une licence pour vendre des vêtements - aidé en partie, dans la fourniture du stock, par un individu louche (mais c'est cela ou crever, personne dans son entourage (à part une tante dévouée) semblant vouloir remuer le petit doigt pour cet homme au passé "entaché") - et ne tarde point à rencontrer une chtite chanteuse tirée à quatre épingles (même Chantal Goya fait plus trash). Il la joue carte sur table avec elle (à propos de son passé), ne précipite point les choses et... va se prendre une terrible veste sans col Mao... On sent méchamment, surtout dans le dernier quart d'heure où il s'enfonce, que notre homme a de toute façon des principes à contre-courant de cette "nouvelle société" (lorsque, au milieu de la foule, il rit à contretemps, ou encore (plus chargé...) quand il marche dans la direction opposée à la foule). Transi d'amour pour la chtite (il fout une grande partie de ses économies dans un collier en or, ta mère), toujours prêt à lâcher de la thune (si ce n'est carrément la distribuer - avec le chauffeur de taxi) pour aider une connaissance ou un pote, il n'est pas du tout au diapason avec les valeurs de son temps : renier les individus gênants (prison = ban de la société), tirer sa thune en profitant des vices et la garder, profiter des autres pour faire son chemin (la chtite chanteuse prête à tout pour "réussir" - devenir chanteuse de merde dans une boîte de merde : le top). Notre pauvre ex-prisonnier fonce tout droit vers son destin qui s'annonce obstinément noir... Cette chute finale est à ce point désespérée que tout le poids du film finit par nous retomber dessus, et force est d'avouer que ce Black Snow par sa rigueur (un peu pesante parfois, certes) et sa justesse à capter l'air du temps, ou plus précisément de ce vent nouveau (les passages avec la midinette chanteuse ultra cucul la praline faisant ressortir finalement ce goût moderne pour les strass et les paillettes bas de gamme), impressionne. Rugueux mais po de la poudre aux yeux.   

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