18 septembre 2010

Angoisse (Experiment Perilous) (1944) de Jacques Tourneur

Une jeune femme que son mari accuse de devenir folle alors que ce dernier a po l'air vraiment clair, cela ne vous rappelle rien ? Bizarre à quel point Angoisse peut faire penser - au point de vue de la trame - à... Hantise, la version de Cukor réalisée la même année (Gaslight, in english - on sent bien qu'au niveau de la traduction des titres, nos amis français ont toujours sous la main un bon dico des synonymes). On est point perdant au niveau du casting féminin, la sublime Hedy Lamarr supplantant la divine Ingrid Bergman, mais il faut malheureusement reconnaître qu'après un premier quart d'heure qui tient en haleine, le récit devient terriblement raplapla et attendu. Même si vers la fin, ça "s'excite" un peu - mignonnette idée que cette statue vengeresse avec en prime une impressionnante explosion d'aquariums (oui, c'est original) -, la conclusion est tellement cucul la praline qu'on se demanderait presque si les Teletubbies n'ont pas fini par piquer l'idée de ce décor pastoral marguerité de cette séquence finale... Dommage également que les deux rôles masculins (Georges Brent et Paul Lukas) soient un peu monolithiques dans leur interprétation - une constante dignité qui frôle un peu la chienlit - comme si leur amour pour la belle Hedy les glaçait sur place...

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Drôle d'endroit pour une rencontre, enfin peut-être pas vraiment : un orage terrible, un train qui fonce dans la nuit à travers des trombes d'eau et une vieille dame un peu collante qui décide de faire de son voisin d'en face (Georges Brent, docteur psy) un confident. L'homme est poli, écoute la dadame qui s'épanche sur son frère qui est marié à une jolie donzelle, mais se sépare d'elle avec un évident soulagement... Néanmoins, une fois arrivé à New York, lors de la soirée à laquelle il assiste, il apprend que la vieille dame est morte le jour même, dans des circonstances un peu zarbi. Quand, en plus, un ami lui parle de la beauté de la belle soeur (Hedy, hailo) de la vieille ainsi que du tableau qui la représente (Georges s'empresse de visiter cette galerie - on se croirait presque, un temps, dans Laura mais on déchante quand même rapidement), notre homme commence à devenir on ne peut plus intrigué... Il rencontre dans la foulée la fameuse Hedy, c'est carrément le coup de foudre même s'il bouge à peine un orteil - stoïque, le Georges, mais, craquante, la Hedy ; petite ombre au tableau, le mari (Paul Lukas) de la Hedy : ce dernier, à la première occase, glisse un petit mot à cet éminent praticien au sujet de sa propre femme qu'il soupçonne d'avoir une chtite case en moins... Georges est dubitatif - un cil bouge - mais il se dit qu'il n'a rien à perdre à fréquenter le regard de cette femme plus belle qu'un pétale d'orchidée.

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L'histoire baisse rapidement en intensité, se perd longuement dans des flashs-back (la rencontre entre Paul et Hedy et les premiers couacs... les événements sont racontés via le journal intime de la vieille dame qui bizarrement n'est que très rarement présente dans les différentes séquences... oups) et a bien du mal à faire durer le suspense - on voit bien que ce Paul a des fêlures psychologiques grosses comme les lézardes du Colisée (mère qui meurt à sa naissance, un père qui se suicide à la première occasion, une soeur qui le couve comme un Calimero sans coquille, oulala) et qu'il a le caractère d'un homme vachement jaloux et possessif (on ne fait pas non plus dans la profondeur de mine chilienne au niveau des troubles mentaux...). Hedy Lamarr (délicieuse lorsqu'elle s'exprime avec cette petite voix toute fragile) est forcément la pureté incarnée vu qu'elle aime les marguerites (mouais, là j'ai commencé à tiquer aussi). La guêpe n'est pas forcément folle, mais il faudra qu'elle se méfie de son bourdon de mari : si le docteur s'annonce comme son protecteur, il reste également étroitement surveillé par ce mari ultra-suspicieux... On s'achemine un peu mollement vers le dénouement, s'attendant à une improbable surprise qui nous cueillerait comme un fruit trop mûr... Je m'arrête là mais le Jacques nous avait habitués à un peu plus... d'angoisse - et pis faut bien boucler, vu l'heure qu'il est...

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Posté par Shangols à 19:54 - - Commentaires [3] - Permalien [#]



Commentaires sur Angoisse (Experiment Perilous) (1944) de Jacques Tourneur

    chaud effroi

    J'ai vu ce film il y a un bail et j'eus comme vous une impression mitigée. Pas très effrayant, ni vraiment angoissant. Un petit Tourneur qui se regarde juste parce que c'est Jacques.

    Posté par princécranoir, 19 septembre 2010 à 16:14 | | Répondre
  • z'avez rien pigé

    Film du plus haut intérêt, classé à tort dans la catégorie fantastique alors qu'il s'agit d'une étude de moeurs pointue. On trouve là la première étude au cinéma du psychopathe dangereux, identifié de nos jours comme pervers narcissique. Portez-vous à la définition du PN sur le web, aux analyses sur son comportement de vampire de la personnalité de l'autre, de destructeur capable d'aller jusqu'au bout et de tuer. Jamais le film n'est ennuyeux si vous gardez en mémoire la typologie de ce fou si peu connu et difficilement identifiable si on n'est point éclairé sur le sujet. Revoyez le film, et comparez le à celui de RW Fassbinder "Martha", décoiffant le génie de Tourneur.

    Posté par roche, 09 avril 2012 à 16:34 | | Répondre
  • zychopathe

    Merci Roche de votre commentaire sur ce film (décidément, concernant le gars Jacques Tourneur, c'est ma fête...)et sur "l'éclairage clinique" de la personnalité lézardée de ce psychopathe. J'ai peur toutefois que cela ne bouleverse point ma vision du film... mais sait-on jamais, lors d'une prochaine vision... Au plaisir en tout cas de vous lire.

    Posté par Shang, 11 avril 2012 à 02:59 | | Répondre
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