137293_affiche_soul_kitchenLe Fatih revient par la petite porte, celle qu'on ne le voyait guère emprunter au vu de ses deux précédents films : celle de la comédie légère et sans conséquence. A priori, ce sont les thèmes habituels du sieur, le mélange des cultures, la difficulté et la beauté de faire jouer ensemble les êtres humains, les dangers de la mondialisation de la culture. Mais cette fois, il met de côté les thèses (parfois un peu lourdes) pour se consacrer au tonitruant portrait d'une communauté réunie dans un lieu emblématique : le "Soul Kitchen", restaurant rock'n roll qui démarre boui-boui et termine "place to be".

Autant le dire : Akin n'est vraiment pas à l'aise dans le gag pur, et Soul Kitchen accumule les lourdeurs de ton jusqu'à plus soif. Dans toutes les scènes premier degré, celles où il tente de faire rire directement, il se vautre grossièrement : un enterrement grand-guignolesque, une scène d'orgie débridée quand le cuisinier a la main un peu lourde sur la racine aphrodisiaque, un cambriolage foireux... tout ça est poussif, sans goût, et on soupire devant ces tentatives d'user d'un style qui visiblement ne lui convient pas du tout. Le film est moyen 1253007660_soul_kitchen_party_webà cause de ça, de cette difficulté à se laisser aller, de ce défaut flagrant d'écriture dans toutes les séquences comiques. De plus, en passant dans la comédie, Akin tombe très vite dans un ton gentillet très commun, petites saynètes romantiques et happy-end sucré à la clé : son film ressemble du coup à toutes ces petites merdouilles familiales qu'on nous donne à voir (Le Déjeuner du 15 août, comme ça, qui m'est revenu à l'esprit), sans sève, sans ton et surtout sans style. C'est charmant, ces bras-cassés qui tentent de faire tenir un resto, ces personnages taquins usant du système D quitte à plonger dans l'illégalité ; mais c'est aussi terriblement consensuel. Il y aurait eu franchement de la place pour un peu d'impolitesse, on n'en aura point.

Mais voilà, je l'avoue presque en rougissant, et une fois toutes ces réserves rappelées : j'ai fonctionné souvent à ce film. Une musique hyper-classieuse, des acteurs excellents, un romantisme bon enfant, un sens des petites situations minuscules bien en place : j'ai trouvé le film glamour malgré son inconséquence, et j'ai soul_kitchen_2010_18076_321172339souvent souri. Ce n'est pas dans le gag que le film est drôle, c'est dans la direction d'acteurs, dans ces tronches, dans le presque rien de certaines scènes. Akin sait très joliment faire monter une émotion, comme dans la belle scène des adieux à l'aéroport, où la simple addition de la musique et des positions des deux acteurs déclenchent une vague mélancolie qui n'est pas appuyée ; ou dans la scène de danse entre les deux frères, simple moment de complicité filmée en curieux panoramique (les acteurs semblent rester à leur place, le décor derrière eux tournant au rythme de la bande-son). Alors certes, ça ne dit pratiquement rien, certes c'est dangereusement oecuménique et souvent à côté de la plaque. Mais il y a là-dedans une saine humanité et un goût pour les personnages qui remportent la mise au final. Je l'aurai oublié demain ; tant mieux, je pourrai le revoir.   

(ce texte primordial a été rédigé dans le cadre de l'excellente opération de visionnage de DVD instaurée par le non-moins utile site Cinétrafic, dont voici la cristalline adresse : http://www.cinetrafic.fr)