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Si Bad Lieutenant était un film de flic sous acide (le film et le flic), on a plutôt l'impression d'avoir cette fois-ci sous les yeux le pendant opposé : une oeuvre et un personnage principal hallucinés, mais disons alors sous tranxène... Lynch étant producteur exécutif, on pouvait s'attendre à ce que la rencontre entre les deux maîtres livre quelque chose de relativement troublant pour ne pas dire de trouble, d'opaque. Sur ce point là, mission accomplie haut la main, vu qu'il n'est pas toujours évident de mettre le doigt sur les délires matricido-gréco-mystiques du héros. Le fait que le récit soit apparemment inspiré d'une histoire vraie n'est pas forcément plus éclairant... Mais essayons tout de même de décrire notre vision et notre impression de la chose, du petit rictus moqueur qui ne quitte point les commissures des lèvres aux paupières qui parfois, sûrement hypnotisées par les images ou la musique (omniprésente et lancinante, comme souvent chez Herzog), semblent terriblement lourdes...

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Deux flics sont en bagnole : Willem Dafoe a pour associé un certain Michael Pena et à l'air pour une fois de jouer un type totalement normal ; il raconte une chtite anecdote sur un flic qui l'a poursuivi : sa conclusion sur le fait de se demander parfois qui sont les flics et qui sont les voleurs fait une jolie transition avec Bad Lieutenant. La radio les appelle pour se rendre sur les lieux où un meurtre a été commis : une femme gît à terre, victime des coups de sabres de son fils (Michael Shannon, le regard plus inquiétant que Vincent Gallo) qui s'est réfugié dans la maison familiale située juste en face : pour l'instant, rien de bien méchant si ce n'est que l'arme du crime est somme toute originale. La petite amie du forcené et son ancien metteur en scène (Shannon répétait le rôle d'Oreste - qui tue sa mère - avant d'être renvoyé du plateau) viennent raconter les dernières semaines de notre homme à Willem, deux témoins filmés comme s'ils sortaient tout droit d'un documentaire de Werner. On fera ainsi plus ample connaissance avec la mère - femme un peu neuneu qui semblait couver son fils ; mais surtout avec le gars Shannon qui avait, ces derniers temps, un comportement un peu zarbi : depuis un récent trip au Pérou, il entendait des voix intérieures (on a po d'enregistrement...) et il s'était tellement investi dans le rôle d'Oreste qu'il avait donc fini - il partait totalement en free lance - par se faire virer de la pièce... Le récit d'un fou furieux qui confond réalité et fiction - pas nouveau chez Herzog -, un simple individu inadapté qui craque (son besoin de filer ce qu'il possède - de son ballon de basket aux coussins...), un illuminé presque drôle (l'image du quaker sur les boîtes de conserve qu'il reconnaît comme étant l'image de Dieu, le vieux chanteur qu'il écoute en boucle et dont la voix est, d'après lui, celle de Dieu - c'est une obsession, oui...) s'il n'était dangereux...

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Doit-on se marrer devant ce ton toujours décalé et les nombreux "décrochages" de la trame - le film tourne parfois au documentaire animalier - les iguanes et les crocos de Bad Lieutenant sont remplacés ici par un couple de flamants roses et un troupeau d'autruches (une autruche bouffeuse de lunettes qui vaut le détour, soit dit en passant), faut-il se laisser bercer et hypnotiser par ce conte d'où s'échappent de curieux instants suspendus (l'image figée, à la fin du repas, chez la mère, un passage hallucinant avec un nain dans la neige (...), notre couple qui s'avance vers la caméra alors que l'arrière fond est au ralenti), doit-on chercher un réseau de sens plus ou moins facile à déchiffrer (faire le lien entre ce dessert en gelée rougeâtre et le repas servi par Tantale, la séquence de l'ampoule placée au milieu des lunettes avec Shannon disant que c'est le moyen pour lui de faire "descendre le paradis sur Terre" est-elle une métaphore pointue du rôle du cinéaste (...!?)...), ou faut-il simplement finir par laisser le film nous "glisser dessus" et reconnaître que l'association Lynch-Herzog était plus excitante sur le papier que sur l'écran ?... A force de partir un peu dans toutes les directions - ah ça, on ne peut dire qu'on marche dans des sentiers battus : la patte Herzog est bien là -, cet exercice de style, qui ne cesse d'osciller entre le sérieux de façade et le grotesque sous-jacent, peut aussi finir par lasser - What the Hell have you try to do, s'entend-on même parfois murmurer intérieurement... Une bien étrange année pour Herzog, à mes petits yeux de fan...   (Shang - 01/09/10)


 

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Ouille, oui, force est de constater qu'après le disputé mais fameux Bad Lieutenant, Herzog se prend les pieds dans le tapis avec ce film bizarre sans être intrigant, absurde sans être drôle, complexe sans être intelligent. Pour tout dire, on s'ennuie ferme devant la chose, qui à mon avis est ouvertement une farce grinçante mais qui ne parvient presque jamais à nous arracher le rictus qu'il faudrait. Ce personnage complètement barge qui change le texte de Sophocle parce que le sien est mieux, qui cherche la lumière divine en approchant une ampoule de paires de lunettes et qui joue à la voiture téléguidée alors qu'il est assiégé par la police ne peut décemment pas être pris tout à fait au sérieux. C'est juste un bougre qui a eu la chance d'éviter un accident mortel sur une rivière péruvienne et qui pense qu'il est élu, un de ces innombrables imbéciles qui voient des signes partout et sont aveuglés par leur croyance... Personnage idéal donc pour le bon Werner adepte des demeurés, et qui aurait pu s'ajouter à la glorieuse liste des obsédés fous de son cinéma. Mais le gars semble avoir démissionné à tous les postes. A commencer par un des plus importants, la direction d'acteurs : malgré sa brochette de stars (Dafoe, Shannon, Sevigny, Kier, Dourif, Zabriskie), toutes férues du genre schyzo-barré, la pauvreté des dialogues et l'excès des situations ne parviennent à donner que des exercices d'acteurs assez pénibles : si Shannon est impossible dans sa démonstration de folie à laquelle on ne croit jamais, les autres, en faire-valoir, sont complètement nuls dans leur jeu déréalisé. Pourquoi être allé chercher de telles figures pour jouer des rôles aussi plats (pauvre Dafoe surtout) ? Et tant qu'on y est, d'autres questions : faut-il absolument, pour combler le vide, inventer des scènes complètement absurdes, histoire de tromper le chaland en lui faisant croire à de l'expérimental allumé (la scène des autruches, la scène (aberrante) du nain) ? peut-on encore aujourd'hui parler d'Oedipe et tout ça sans être un ringard ? où est passée l'originalité d'Herzog, sa folie, son amour du risque ? le bougre n'est-il bon que dans les documentaires depuis 30 ans ? Et était-il nécessaire d'ajouter ce film ni fait ni à faire à la liste des grands films de son auteur ?   (Gols - 07/08/19)

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